L’urbanisme cellulaire

12 novembre 2021

C’est dans les années 1960 que s’est considérablement développé le système autoroutier du Québec.

Depuis longtemps, on peut facilement acheminer les marchandises dans tous les coins du pays. Exception faite de quelques villages isolés.

Quant au transport automobile, il y eut une époque où il était normal d’aller travailler loin de son domicile et de compter sur l’État pour faciliter ses déplacements. Ou de parcourir des dizaines de kilomètres pour aller magasiner à ce gigantesque centre commercial qui raréfié les commerces des environs.

Au XXe siècle, le mode de développement anarchique nécessitait toujours plus de voies rapides pour effectuer des déplacements sur des distances toujours plus grandes.

C’est cet urbanisme tentaculaire qu’on peut voir de nos jours en Californie.

Ce que l’exemple californien nous enseigne, c’est que plus on construit d’autoroutes, plus on favorise l’étalement urbain. Et plus on favorise l’étalement urbain, plus on rend indispensable la possession d’une voiture. Ce qui augmente la circulation automobile et favorise par endroits la congestion routière. Et plus apparaissent des problèmes de congestion routière, plus il faut développer de nouvelles autoroutes. Et ainsi de suite.

La véritable solution à la congestion routière, ce n’est pas davantage de routes, mais moins de voitures.

Construire plus de routes, cela augmente la production d’asphalte, de béton, de voitures et d’essence. Tous dommageables à l’environnement.

À l’avenir, il faut diminuer notre empreinte environnementale en-deçà de la capacité de renouvellement de la planète. Ce qui exige de nous des changements draconiens.

Ce qu’il faut favoriser, c’est l’urbanisme cellulaire. À l’image du Portugal où chaque ville est un amas contigu de paroisses ‘civiques’ (ou freguesias).

Et dans chacune d’elles, on trouve tous les commerces de proximité; épicerie, pharmacie, restaurants, modiste, comptoir de nettoyage des vêtements, dépanneurs (appelés supérettes en France), etc.

Comme à Paris, où ces commerces de proximité abondent le long des petites rues généralement peu fréquentées par les touristes.

Idéalement, tout l’essentiel pour vivre devrait se situer à moins de quinze minutes de marche de son domicile.

Et comme le corps humain possède certains organes spécialisés (cerveau, cœur, poumons, reins, intestins), la ville devrait avoir un centre-ville pour y acheter des biens spécialisés ou des produits de luxe. Un ou plusieurs parcs industriels pour y concentrer les manufactures et les usines. Un quartier des affaires pour y accueillir les institutions financières. Un aéroport si la taille de l’agglomération le justifie. Et çà et là, de même qu’en périphérie, des parc forestiers lui servent de poumons verts.

Le tout alimenté par un réseau routier qui, comme le système sanguin, va de l’autoroute à la ruelle selon qu’on s’avance profondément dans le tissus urbain proprement dit.

Et plutôt que développer de nouvelles frequesias, il faut favoriser la construction en hauteur et ainsi, augmenter la densité urbaine et accroitre la prospérité des commerces de proximité.

Il faut augmenter la densité urbaine puisqu’un réseau de transport en commun efficace n’est rentable que lorsqu’on atteint une certaine densité de population.

Grâce à un investissement colossal dans son réseau de transport en commun, la Finlande a fait en sorte que pour chaque tranche de mille citoyens, il y a 373 véhicules de moins sur les routes et autoroutes finlandaises en comparaison avec celles du Québec.

Cela équivaut, par exemple, à faire disparaitre 694 000 véhicules qui encombrent les voies de circulation sur l’ile de Montréal.

Pour l’ensemble du Québec, c’est comme enlever 3,1 millions de véhicules de nos routes.

Et dans ces villes nouvelles à dimension humaine, il faut placer le piéton au sommet des utilisateurs de la voie publique. Au deuxième rang, se trouvent les adeptes des modes de déplacement à traction humaine (vélos et trottinettes). Et au dernier rang, les automobilistes.

Ce qui implique la réduction de la taille des voies dédiées à l’automobile et une élimination totale, si possible, des mortalités causées aux piétons et aux cyclistes. Et ce, au prix d’un accroissement considérable (et assumé) des problèmes de circulation des voitures.

Piétons, vélos et voitures circuleront dans leur propre couloir de déplacement comme le sang et la lymphe ont leur propre circulation (respectivement sanguine et lymphatique).

De plus, il ne faut pas hésiter à bannir les automobiles des centres-ville. Les seuls véhicules autorisés devraient être les autobus, les taxis et les camions qui approvisionnent les commerces, de même que ceux qui livrent la marchandise à domicile.

On devrait aménager au pourtour des centres-ville (devenus pédestres) des stationnements souterrains reliés à un réseau piétonnier également souterrain (comme celui de Montréal).

Pour terminer, tous les terrains vacants en périphérie des villes, généralement laissés en friche par des spéculateurs, devraient être confisqués (c’est-à-dire sans dédommagement financier) lorsqu’ils demeurent inutilisés pendant plus de dix ans.

Tout comme c’était le cas chez les Hurons-Wendats à l’époque où le récollet Gabriel Sagard a visité la Huronie au XVIIe siècle.

En somme, lorsqu’on achète à bas prix une terre agricole et qu’on la laisse à l’abandon, les arbres finissent par y pousser. Ce qui la rend impropre à l’agriculture (sans défrichement), mais la rend parfaite pour y aménager un parc forestier.

Généralement situés en périphérie du développement urbain, ces terrains deviendront des espaces verts. Comme le sont le bois de Boulogne et le bois de Vincennes, poumons verts de Paris.

Voilà, en résumé, ce à quoi consiste l’urbanisme cellulaire.

Références :
Deux semaines à Palm Desert (2e partie)
Gabriel Sagard en Huronie
Le transport en commun finlandais : le matériel roulant

Paru depuis :
Densifier, c’est aussi démocratiser (2022-06-19)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’aspiration populaire au changement en temps de pandémie

11 novembre 2021

Introduction

La firme de sondage Pew Research Center a publié le 21 octobre dernier les résultats d’une consultation téléphonique effectuée du 1er au 7 février 2021 auprès de 2 596 Américains et du 12 mars au 6 mai 2021 auprès de 16 254 adultes répartis dans seize autres pays développés.

Globalement

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Une médiane se définit la valeur centrale séparant une population en deux parties égales.

Dans ce cas-ci, dans huit pays étudiés, moins de 56 % des gens souhaitent que le système politique de leur pays soit réformé de manière importante ou du tout au tout. Dans neuf autres pays, ce souhait est partagé par 56 % de la population ou plus.

Dans les 17 pays analysés, ceux qui souhaitent des changements majeurs sont majoritairement pessimistes quant à la probabilité que cela arrive.

Aux États-Unis et en Corée du Sud, neuf personnes sur dix perçoivent des conflits importants entre les partisans de différentes formations politiques. Cette perception est associée à une insatisfaction quant au fonctionnement de la démocratie et au désir de réformes politiques.

Pour ce qui est d’une réforme économique majeure, la médiane est de 51 %.

Selon les sondages successifs de la Pew Research Center réalisés depuis plus d’une décennie, le désir de réforme économique est le plus important dans le sud de l’Europe.

Les peuples insatisfaits de la situation économique ont davantage tendance à être critiques quant au fonctionnement de la démocratie dans leur pays et du coup, sont davantage portés à y vouloir des réformes politiques importantes.

De la même manière, les parents pessimistes quant à l’avenir économique de leurs enfants sont particulièrement nombreux à souhaiter des réformes économiques majeures.

Le désir de changement est moins vif à l’égard du système national de santé. L’insatisfaction à ce sujet est la plus élevée en Grèce et aux États-Unis.

Les gens qui croient que leur gouvernement a mal géré la crise sanitaire causée par le Covid-19 sont aussi plus nombreux à être insatisfaits du fonctionnement démocratique de leur pays et à espérer des réformes politiques importantes.

De plus, ils sont également plus nombreux à vouloir une réforme majeure du système de Santé. Ce qui ne signifie pas qu’ils soient critiques envers le personnel soignant.

Le désir de réformes politiques

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En analysant plus finement l’aspiration au changement politique, on constate que la médiane des pays est de 38 % quant à des changements majeurs et de 23 % quant au désir d’une réforme complète.

Le paroxysme de la volonté révolutionnaire se trouve en Espagne, en Corée du Sud, aux États-Unis et en Italie. Aux États-Unis, le désir d’une réforme complète est de 47 % chez les partisans démocrates et de 38 % chez les partisans républicains.

Dans ce pays, 85 % de la population souhaitent des changements majeurs ou draconiens : aux deux tiers, ils sont convaincus que cela n’arrivera pas.

En Italie, où le désir de réforme est encore plus élevé (à 89 %), ce pessimiste atteint plus des quatre cinquièmes de ceux qui veulent des changements importants.

À l’opposé, la satisfaction à l’égard du statuquo est maximale en Nouvelle-Zélande et en Suède.

Le désir de réformes économiques

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En Italie, en Grèce et en Espagne, une forte proportion de citoyens estiment que la situation économique de leur pays est mauvaise. Cette opinion est associée, évidemment, au désir de réformes économiques importantes.

Aux États-Unis, 80 % des Démocrates estiment que le système économique de leur pays a besoin de changements majeurs. Cet avis est partagé par 50 % des Républicains.

Le désir de réformes du système de santé

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C’est aux États-Unis et en Grèce qu’on trouve le plus de gens qui souhaitent des changements majeurs de leur système de santé.

Aux États-Unis, chez les partisans démocrates, 39 % souhaitent une réforme complète et 47 % veulent des changements majeurs du système de santé. Chez les partisans républicains, ces pourcentages sont respectivement de 20 % et de 43 %.

Au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Corée du Sud, les vieillards sont plus nombreux à estimer que leur système de santé devrait être l’objet de réformes importantes (sans doute en raison de la mortalité élevée due au Covid-19 dans les hospices).

Aux États-Unis, ce sont des adultes plus jeunes qui croient le plus en la nécessité d’une réforme des soins de santé.

Le respect des libertés individuelles

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Au cours de la pandémie actuelle, beaucoup de gouvernements nationaux ou locaux ont gouverné par décret. Ce qui leur a permis d’exercer de larges pouvoirs.

De manière générale, les deux tiers des gens sont d’avis que leur gouvernement n’a pas abusé des pouvoirs qu’il s’est arrogés.

Dans les pays d’Extrême-Orient et d’Océanie, les citoyens sont les plus nombreux à partager cet avis alors que, paradoxalement, c’est dans ces pays où les mesures sanitaires ont été les plus draconiennes.

Dans le cas particulier de la France, la proportion des citoyens qui croient que l’État ne respecte pas les libertés individuelles est passée de 22 % en 2008, à 36 % en 2014, à 33 % en 2017 et à 41 % cette année.

En Allemagne, aux États-Unis, en Italie, en Suède, en Corée du Sud et en Espagne, l’avis que l’État respecte les libertés individuelles augmente avec le niveau de scolarité.

Dans tous les pays, les partisans du parti qui forme le gouvernement sont davantage d’avis qu’il n’abuse pas de ses pouvoirs.

L’écart est le plus important en Grèce; 85 % des partisans du parti au pouvoir sont de cet avis alors que ce pourcentage tombe à 35 % chez ceux qui appuient des partis d’opposition.

Plus les gens croient leur gouvernement respectueux des libertés individuelles, plus ils se disent satisfaits de leur système démocratique.

Référence :
Citizens in Advanced Economies Want Signifiant Changes to Their Political Systems

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La propagande haineuse contre les Autochtones doit cesser

10 novembre 2021

En 1623, lorsque Gabriel Sagard se rend en Huronie — située à l’époque au cœur de la région des Grands Lacs — il est accompagné de deux autres frères récollets, dont Nicolas Viel.

À son retour vers Québec en 1625, le canoë du frère Viel chavire dans les rapides de la rivière des Prairies où il se noie.

En raison de sa rivalité avec les Hurons-Wendats, le chef algonquin Tessouat a fait répandre dès 1634 la rumeur selon laquelle cet accident aurait été volontaire. En d’autres mots, qu’il s’agirait d’un homicide commis par les Hurons-Wendats.

Cela est improbable pour deux raisons. Premièrement, au cours de son séjour contemporain en Huronie, Gabriel Sagard (confrère de Viel) décrit l’extraordinaire hospitalité dont il fut l’objet. Et deuxièmement, les Hurons-Wendats ont ramenés sains et saufs les deux autres confrères de Nicolas Viel, Gabriel Sagard et Joseph Le Caron.

Malgré cela, l’accusation du chef Tessouat fut reprise par le père jésuite Paul Le Jeune dans son récit de voyage de 1634.

Le monument au frère Viel
Socle du monument au frère Viel
Socle du monument à Ahuntsic

Dans le quartier montréalais d’Ahuntsic, devant l’église de la Visitation, on peut voir deux monuments dont le socle reproduit un extrait du récit de voyage du jésuite Paul Le Jeune.

Cet extrait pue la haine raciale.

D’autre part, le 28 octobre dernier, on apprenait l’intention du pape François de visiter au Canada dans le cadre d’un processus de guérison et de réconciliation avec les victimes des pensionnats autochtones.

D’ici là, il serait souhaitable que cette propagande religieuse d’une autre époque soit supprimée. Non seulement parce qu’elle est préjudiciable à la démarche du pape, mais surtout parce qu’il s’agit pour l’instant d’une calomnie (jusqu’à preuve du contraire) qui est profondément choquante.

On s’étonne que cela n’ait pas été enlevé plus tôt.

Références :
Gabriel Sagard en Huronie
Nicolas Viel
Paul Le Jeune

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Écrit par Jean-Pierre Martel


L’unilinguisme anglais à Immigration Canada

10 novembre 2021

Au Canada, la compétence constitutionnelle en matière d’immigration est exclusivement fédérale.

Depuis 1991, Ottawa délègue toutefois au Québec les dossiers d’immigration ‘ordinaires’ tout en se réservant ceux des réfugiés et les demandes pour motif de réunification familiale.

Dans le cas des réfugiés, Ottawa ne peut pas déléguer leurs dossiers en raison de son obligation de répondre de ses obligations internationales à ce sujet.

À Montréal, Immigration Canada s’occupe non seulement des demandes d’immigration pour tout le Québec, mais opère également un Centre de soutien à la clientèle qui dessert l’ensemble du pays. Dans ce centre, 80 % des appels sont en anglais.

Invoquant des difficultés de recrutement, Immigration Canada annonçait dernièrement sa décision d’embaucher des agents unilingues anglais à ce centre d’appels.

Dans la mesure où l’appelant pitonne ‘un’ pour parler en français et ‘two’ pour parler en anglais (ou l’inverse), cette décision semble anodine.

Pourtant, à l’annonce de cette nouvelle, l’Assemblée nationale a réagi en adoptant unanimement une résolution de la députée Ruba Ghazal (de Québec solidaire) demandant que la Loi 101 s’applique non seulement aux entreprises sous l’autorité d’Ottawa, mais également aux ministères fédéraux.

Pourquoi une réaction aussi vive ?

C’est qu’il n’y a pas de barrière étanche entre le personnel de ce centre d’appels et les agents d’immigration proprement dits. En d’autres mots, les préposés de ce centre d’appels ne sont pas que des téléphonistes; ce sont des agents d’immigration à qui on attribue la tâche de répondre aux appels.

Entre l’agent qui prend les appels et celui qui procède à l’analyse des documents généralement soumis par courrier ou qui procède, si nécessaire, à une longue entrevue effectuée face à face avec un requérant, il n’y a qu’un pas.

Les problèmes de recrutement d’Immigration Canada au Québec s’étendent bien au-delà de son centre téléphonique. La cause profonde de ces difficultés vient de l’obligation des francoQuébécois d’être bilingues pour y travailler, que ce soit dans le centre d’appels ou ailleurs.


 
Selon le recensement de 2016, un Québécois sur deux est unilingue français. En imposant la nécessité du bilinguisme à ses employés francoQuébécois (mais pas aux angloQuébécois), Ottawa exerce une discrimination à l’embauche contre la moitié des personnes susceptibles de travailler pour lui à Montréal.

Sans cette exigence, ce ministère pourrait doubler la taille de son personnel au Québec. Mais il s’y refuse.

Officiellement, on justifie ce refus par la nécessité de comprendre les demandes concernant les réfugiés, rédigées très majoritairement en anglais.

Mais par ailleurs, dans les dossiers d’immigration au Québec, une partie importante des demandes au motif de réunification familiale (probablement la majorité) concernent les francoQuébécois dont les parents vivent dans des pays de la Francophonie.

Alors pourquoi l’obligation du bilinguisme s’applique aux agents francophones (pour qu’ils comprennent les dossiers des réfugiés) mais pas aux agents anglophones (pour comprendre les dossiers de réunification familiale) ?

La réponse est simple; parce que c’est un prétexte.

La véritable raison est que les rapports des agents québécois adressés à Ottawa doivent être rédigés en anglais. Il en est de même des notes ajoutées aux dossiers électroniques des requérants. Afin que les décideurs d’Ottawa puissent les comprendre.

Lorsque les citoyens francophones s’adressent aux services à la clientèle situés dans les régions francophones du pays, ils trouvent facilement un employé qui parle leur langue. Mais derrière cette façade, la fonction publique fédérale à Ottawa est très largement unilingue anglaise, à l’image de la population canadienne elle-même.

C’est donc à dire qu’au sein de la fonction publique fédérale, la langue de travail, c’est l’anglais. Voilà pourquoi les agents québécois d’Immigration Canada doivent être de parfaits locuteurs anglophones; afin de rédiger des rapports compréhensibles à Ottawa.

En diminuant ses quotas d’immigration, le gouvernement de la CAQ augmente la proportion des personnes admises au Québec en vertu des pouvoirs que le fédéral ne lui a pas délégués.

En raison du rôle stratégique que joue l’immigration dans l’anglicisation du Québec, il était prévisible qu’Ottawa en profiterait pour augmenter la proportion de ses agents incapables de traiter les demandes d’immigration rédigées dans une autre langue que l’anglais.

Pour paraphraser un courriel que le Parti Québécois expédiait à ses membres la semaine dernière, je dirais : rester dans le Canada, c’est consentir à notre extinction.

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
Embauche d’agents d’immigration anglophones : « Un manque de respect », dénonce Québec
Immigration Canada recrute des agents uniquement anglophones au Québec
Immigration : l’illusion des prophéties
La politique migratoire de la CAQ
Liste des régions bilingues du Canada aux fins de la langue de travail
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche
Rapport du vérificateur au sujet des centres d’appels
Un fonctionnaire fédéral défend son droit de travailler en français

Parus depuis :
Refus massif d’étudiants africains francophones : Ottawa accusé de « discrimination » (2021-11-28)
« Je suis effondré » : le cri du cœur d’un étudiant africain refusé par Ottawa (2022-01-28)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : la science, la médecine et les politiques sanitaires

9 novembre 2021

Science et médecine

Ce qui contribue à faire croire que les médecins se contredisent au sujet du Covid-19, ce sont ces politiques sanitaires qui changent selon les pays ou qui changent du tout au tout avec le temps au sein d’un même pays.

Par exemple, le port du masque; d’abord déconseillé dans certains pays, puis obligatoire quelques mois plus tard.

Les preuves scientifiques au sujet du Covid-19 n’ont pas toujours été irréfutables. Mais dès le départ, ce que suggéraient les petites études a été appuyé par de plus grosses et confirmé par de plus importantes.

Bref, la science n’a jamais fait volteface au sujet du Covid-19.

Le traitement médical, lui, a été l’objet d’une controverse; celle qui concerne l’utilité de la chloroquine, défendue par quelques équipes médicales contre l’avis général du reste de la profession à travers le monde.

L’art de la politique sanitaire

L’essentiel des contradictions vient toutefois des politiques sanitaires. Et parce qu’elles ont été laissées entre les mains de médecins, cela a donné l’impression que les médecins se contredisaient.

Dès le départ, quand certains d’entre eux présument (et s’entêtent à croire) qu’une pandémie annoncée s’avèrera être un pétard mouillé comme la précédente — par exemple, l’épidémie grippale de H1N1 en 2009 — ils réagiront différemment de leurs collègues soucieux de respecter le principe de précaution.

De plus, ceux qui sont perspicaces adopteront les mesures appropriées plus rapidement que leurs condisciples hésitants qui attendent la publication d’études à grande échelle dont les résultats sont statistiquement significatifs. Ce qui prend du temps.

L’épidémiologie n’est pas une science exacte comme la chimie, la physique ou la pharmacologie. C’est une science molle comme le sont les sciences sociales, sujette à l’interprétation.

Par exemple, au cours de la première vague, on a prétendu que les enfants transmettaient difficilement le Covid-19. Et ce, à partir d’études épidémiologiques. Or il s’est avéré que c’était le cas en raison de la fermeture des écoles durant le confinement, alors que ces enfants avaient moins de contacts, donc moins d’occasions de transmettre le virus.

En réalité, la prise de décision concernant les politiques sanitaires est un art. Un art qui s’appuie sur la science mais qui dépend grandement de la psychologie collective.

Par exemple, une campagne de vaccination obtient toujours plus de succès quand la population à vacciner voit les morts s’accumuler autour d’elle. C’est psychologique…

La psychologie est importante puisque l’efficacité des mesures de mitigation contre la pandémie dépend de leur respect volontaire par la population. Voilà pourquoi la Santé publique du Québec a commandé autant de sondages au cours de cette pandémie.

Autre exemple. Depuis des décennies, obtenir la chloroquine au Canada nécessite une ordonnance médicale.

Mais en France, il a suffi que ce médicament cesse d’être offert en vente libre le 13 janvier 2020 — à l’époque où paraissaient des études (controversées) au sujet de son efficacité contre le Covid-19 — pour faire basculer une partie de la population française dans le camp des complotistes, hostiles aux mesures sanitaires.

Une autre caractéristique essentielle de toute autorité sanitaire qui aspire à bien protéger la population est le jugement.

Il y a quelques jours, une chaine télévisée d’information continue diffusait la nouvelle selon laquelle un des pays les plus vaccinés au monde, l’Islande, faisait face à une quatrième vague redoutable, en dépit de cette vaccination.

D’où la question : à quoi ça sert d’être vacciné ?


 
Effectivement, dans ce pays où 81 % des gens sont doublement vaccinés (auxquels 2 % de plus ont reçu une seule dose), cette quatrième vague est plus impressionnante que les trois premières.

Toutefois, lorsqu’on regarde le nombre de morts, depuis le 29 aout, c’est-à-dire depuis plus de deux mois, il n’y a eu qu’un seul mort dans ce pays de 3,4 millions d’habitants.

En fait, le taux de mortalité actuel dans ce pays est inférieur à celui de la grippe saisonnière.

Tout au plus, cette quatrième vague suggère qu’il serait temps de songer à administrer une troisième dose de vaccin à la population.

Conclusion

La perspicacité, la prudence (le souci d’obéir au principe de précaution) et le jugement sont les trois qualités essentielles de toute direction de Santé publique.

Puisque la Nature n’a pas distribué ces qualités équitablement, les décisions prises par les autorités sanitaires varient d’un pays à l’autre.

Cette cacophonie est responsable de l’impression que les médecins qui dirigent la lutte sanitaire ne savent pas très bien ce qu’ils font.

Pour en juger, il suffit de regarder les résultats qu’ils obtiennent.

Références :
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Grippe A (H1N1) de 2009
Share of people vaccinated against COVID-19

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La fêlure du Canada : l’adoption de la constitution sans le Québec

6 novembre 2021

Introduction

Il y a quarante ans, dans la nuit du 4 au 5 novembre 1981, Ottawa et les provinces anglophones du pays aplanirent leurs différends et conclurent un projet de loi constitutionnelle sans le Québec.

Cette séance ultime de négociation s’est tenue secrètement en pleine nuit, à l’insu de tous les représentants du Québec.

Dès le lendemain, le 5 novembre 1981, la Canadian Constitution fut adoptée sans nous. Elle entra en vigueur lors de sa promulgation royale le 17 avril 1982.

Une anecdote

En novembre 2013, je me trouvais à table avec deux autres co-pensionnaires d’un même appartement à La Havane; l’un était Britannique, l’autre Américain.

Évidemment, la discussion suivante s’est déroulée en anglais.

Vers la fin du repas, de but en blanc, le Britannique me demande : “C’est quoi le problème avec le Québec ?

Nous étions en vacances et du coup, ce n’était pas le temps d’énumérer la litanie des griefs du Québec depuis la conquête anglaise de 1760.

J’ai donc choisi l’argument le plus court et plus éloquent quant au statut colonial du Québec au sein du Canada.

Après lui avoir expliqué qu’en 1982, le Canada anglais avait adopté une nouvelle constitution canadienne sans nous, je lui ai demandé : “Si l’Angleterre dotait votre pays d’une constitution sans l’assentiment de l’Écosse, du pays de Galles et de l’Ulster, trouveriez-vous cela normal ?

Et comme il demeurait silencieux, je me suis tourné vers son collègue américain : “Et si les États du Nord des États-Unis dotaient votre pays d’une nouvelle constitution sans le consentement des États du Sud, trouveriez-vous ça normal ?

Et comme lui non plus n’a pas répondu, nous avons continué le repas en parlant d’autres choses.

Mon but n’était pas de les convaincre de mon point de vue, mais de susciter dans leur esprit le doute que quelque chose ne tournait pas rond dans le gentil pays du Canada (soit l’image qu’il projetait à l’époque).

L’urgence d’une nouvelle constitution canadienne

Avec l’adoption en 1975 d’une Charte québécoise des droits et libertés de la personne, le British North America Act de 1867 (qui faisait office de constitution canadienne) prenait soudainement un coup de vieux.

Mais c’est surtout l’adoption en 1977 de la Charte de la langue française (ou Loi 101) qui rendit urgente (aux yeux d’Ottawa) l’adoption d’une nouvelle constitution canadienne.

Jusqu’ici, les divers paliers de gouvernements pouvaient, dans certaines circonstances, brimer des libertés individuelles.

Par exemple, les villes pouvaient interdire le tapage nocturne ou imposer le respect de leur plan d’urbanisme. Les provinces pouvaient limiter la vitesse des automobiles ou retirer la garde d’un enfant à l’autorité de ses parents. Et le fédéral pouvait ordonner la conscription obligatoire.

Avec la Loi 101, pour la première fois, on donnait préséance à un droit collectif à caractère ethnique — le droit du peuple francoQuébécois d’assurer sa survie — sur un droit individuel, soit celui d’appartenir au groupe linguistique de son choix.

Or c’est sur cette liberté individuelle que repose la lente extinction du peuple francoQuébécois.

Sans cette protection collective, ouvrir l’école publique anglaise à tous les néoQuébécois qui le souhaitent, c’est faire en sorte que les francoQuébécois financent eux-mêmes leur propre extinction.

À l’opposé, se jugeant incapables de maintenir la fréquentation de leurs écoles et l’audience de leurs institutions culturelles sans l’assimilation des néoQuébécois, les angloCanadiens du Québec se sont sentis menacés par la Loi 101.

Pour répondre à leurs craintes, la solution d’Ottawa fut d’adopter une nouvelle constitution basée sur le multiculturalisme et notamment, sur la liberté de tout citoyen de s’assimiler au groupe linguistique de son choix.

Il était prévisible que le Québec refuserait de revêtir la camisole de force constitutionnelle conçue spécialement contre lui.

Ottawa aurait pu attendre qu’un gouvernement de ‘collabos’ succède à celui de René Lévesque. Mais dans l’urgence d’agir, on a préféré adopter cette loi fondamentale sans le Québec. En somme, on a préféré doter le pays d’une constitution illégitime.

Conclusion

Dans un empire colonial, la métropole peut consulter ses colonies lorsqu’elle s’apprête à adopter des lois qui les concernent. Mais elle n’y est pas obligée.

La meilleure preuve du statut colonial du Québec au sein du Canada, c’est cette constitution adoptée sournoisement par l’ethnie dominante.

Quand les assises d’un pays reposent sur une loi fondamentale née dans la fourberie, cette fêlure congénitale condamne inévitablement l’édifice à l’effondrement.

Ce n’est qu’une question de temps…

Références :
Il y a 40 ans, le Canada se dotait d’une entente constitutionnelle sans le Québec
Le colonialisme économique ‘canadian’
Le marécage du multiculturalisme canadien

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Michael Rousseau et le moteur de l’anglicisation du Québec

5 novembre 2021
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Le fonctionnement interne d’Air Canada

Nommé PDG d’Air Canada le 15 février 2021, Michael Rousseau est un angloQuébécois qui vit à Montréal depuis quatorze ans.

Il y a deux jours, il a été incapable de comprendre la moindre des questions qui lui furent adressées en français à la suite de la conférence qu’il a prononcée en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

En raison de son unilinguisme absolu, les réunions du Conseil d’administration d’Air Canada se déroulent exclusivement en anglais et tous les rapports qui lui sont soumis sont rédigés dans cette langue.

Son service à la clientèle est bilingue et beaucoup de ses agents de bord le sont. Mais à l’interne, la langue de travail est l’anglais. Comme c’est le cas du gouvernement fédéral à Ottawa.

L’anglicisation favorisée par Ottawa

Depuis quelque temps, des pressions s’exercent sur le gouvernement canadien pour qu’il consente à ce que les entreprises sous son autorité (comme Air Canada) soient assujetties à la Charte de la langue française.

Ottawa n’en a pas l’intention. Voilà pourquoi on parle plutôt de la nécessité de simplement moderniser la loi fédérale sur les langues officielles.

Les politiques d’Ottawa qui visent à défendre les minorités linguistiques du pays ont toujours eu pour principal objectif de promouvoir les intérêts de la ‘minorité anglaise du Québec’ alors que celle-ci est plutôt l’annexe québécoise de la majorité angloCanadienne. En somme, ses politiques servent de paravent à la colonisation anglaise du Québec.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement canadien n’a jamais réalisé que la principale minorité linguistique du Canada, ce sont les francoQuébécois. C’est cette minorité-là qui est menacée par l’océan anglophone nord-américain.

La discrimination à l’embauche

M. Rousseau est la preuve vivante qu’on peut très bien réussir sa vie au Québec en étant unilingue anglais.

Par contre, l’Office québécois de la langue française révélait l’an dernier que dans 63 % des entreprises de la métropole, tout candidat à l’embauche est refusé s’il ne parle pas l’anglais.

Le cas typique est celui des trottinettes Lime qui ne publiaient leurs offres d’emplois qu’en anglais et dont l’immense majorité du personnel ne parlait pas français.

Une anecdote

Il y a quelques années, dans la pièce où prenaient place les candidats en attente d’une entrevue d’embauche chez Air Canada, une jeune Montréalaise avait fait connaissance avec la personne assise à côté d’elle.

Malheureusement, cette personne ne parlait pas français alors que l’offre d’emploi stipulait l’exigence du bilinguisme. Malgré cela, c’est elle qui obtint le poste.

L’explication était simple; la version française de l’offre d’emploi exigeait le bilinguisme, alors que la version anglaise n’en faisait pas mention.

Sans le dire, ce qu’Air Canada voulait réellement, c’est quelqu’un qui parle anglais.

Conclusion

La Charte de la langue française (la Loi 101) exige l’unilinguisme français au sein des entreprises du Québec. À l’embauche, il est illégal d’exiger la connaissance de l’anglais, sauf lorsque cela est strictement nécessaire (pour servir dans sa langue la clientèle anglophone, par exemple).

Tant que les règles d’embauche au Québec exigeront illégalement la connaissance de l’anglais chez les francoQuébécois, mais n’empêcheront pas un angloQuébécois unilingue de faire carrière ici, cette discrimination à l’embauche sera le moteur de l’anglicisation de Montréal.

Hier, le Parti Québécois expédiait à ses membres un courriel intitulé ‘Rester dans le Canada, c’est consentir à notre déclin’.

Je ne saurais mieux dire…

Références :
Aperçu du fonctionnement interne de l’État canadien
Doit-on interdire l’accès à la magistrature aux avocats québécois unilingues français ?
La ministre Petitpas Taylor veut lutter contre « le déclin du français »
Langues officielles: il faut aller plus loin
La responsabilité du conseil d’administration d’Air Canada
Le PCJ, annexe de la machine coloniale canadienne
Quatre-millions de Québécois victimes de discrimination à l’embauche

Paru depuis :
Canadien National : Les francophones écartés de la table du C.A. (2022-04-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Durée de l’efficacité des vaccins contre le Covid-19

3 novembre 2021

Le vaccin de Pfizer/BioNTech en Israël


 
Alors que la troisième vague de la pandémie en Israël s’annonçait beaucoup plus meurtrière que les deux premières, une campagne massive de vaccination entamée le 19 décembre 2020 réduisit pendant plusieurs mois à presque rien le nombre de nouveaux cas et le nombre de décès par le Covid-19.

Puisqu’une deuxième dose était administrée trois ou quatre semaines plus tard, on peut estimer que la vaccination complète des Israéliens a débuté à la mi-janvier 2021.

Toutefois, l’apparition du variant Delta (B.1.617.2) à la mi-juin 2021 fit repartir à la hausse la contagion dans ce pays.

Le 1er septembre 2021, le nombre de personnes atteintes atteignait un sommet de 20 523 nouveaux cas alors que le sommet de 64 décès fut atteint quatre jours plus tard.

C’est alors que le gouvernement israélien débuta l’administration d’une troisième dose du vaccin de Pfizer/BioNTech.

La chute des cas dans les semaines qui suivirent est la conséquence d’une troisième campagne de vaccination entamée le 30 juillet.

Depuis ce temps dans ce pays, on recommande l’administration du vaccin de Pfizer/BioNTech tous les 5 mois.

Le vaccin d’AstraZeneca en Grande-Bretagne


 
Si les Israéliens servirent de sujets d’expérience pour mesurer l’efficacité concrète du vaccin de Pfizer/BioNTech, les Britanniques le furent pour leur vaccin ‘national’, celui d’AstraZeneca.

Dans ce pays, la vaccination débuta le 8 décembre 2020 alors que s’amorçait la troisième vague dans ce pays, collée sur la deuxième. Cette 3e vague atteint un sommet de 67 794 cas le 8 janvier 2021.

Grâce à une campagne de vaccination massive, cette 3e vague régressa rapidement.

Mais à peine quatre mois plus tard, une quatrième vague apparut, faisant passer le nombre de cas de 1 596 le 3 mai à 54 198 cas le 17 juillet.

De toute évidence, la protection immunitaire conférée par le vaccin d’AstraZeneca est plus courte que celle conférée par le vaccin de Pfizer/BioNTech.

Tout l’été, le variant Delta se répandit en Grande-Bretagne sans toutefois faire un grand nombre de victimes graves.

Ce n’est qu’au début du mois de septembre que le gouvernement britannique débuta progressivement l’administration d’une 3e dose du vaccin d’AstraZeneca. À ce moment-là, le nombre quotidien de nouveaux cas quotidiens variait entre trente-mille et quarante-mille.

À la mi-octobre, 1,3 million de Britanniques étaient atteints de Covid-19, le plus grand nombre depuis le début de la pandémie.

Deux études comparatives

Une première étude a mesuré l’évolution de la protection immunitaire conférée par deux doses des vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna, et d’une dose du vaccin de Johnson & Johnson.

Même si les études in vitro (en laboratoire) ne sont pas aussi fiables que des analyses populationnelles, elles en sont de bons indices.

À la suite de l’administration des deux doses du vaccin de Pfizer/BioNTech ou de Moderna, les anticorps tissulaires et sanguins diminuent rapidement après six mois.

Par contre, la dose unique du vaccin de Johnson & Johnson provoque initialement une réponse immunitaire moindre mais qui s’est maintenue à peu près stable jusqu’à la fin de l’expérience, 8 mois plus tard.

Une deuxième étude porta sur les trois seuls vaccins actuellement homologués aux États-Unis, soit ceux de Pfizer/BioNTech, de Moderna et de Janssen (ce dernier est un vaccin unidose).

Dans ce cas-ci, on a étudié la proportion de personnes vaccinées qui attrapaient le Covid-19 en dépit de leur vaccination.


 
De mars à la mi-aout 2021 (alors que le variant Delta était devenu dominant), la protection vaccinale passa de 91,9 % à 53,9 %. Le déclin fut beaucoup plus grand avec le vaccin de Janssen.

Parmi le 97 % des gens qui ont reçu une dose du vaccin de Janssen et qui attrapent quelques mois plus tard le Covid-19 en dépit de leur vaccination, la très grande majorité n’aura que des symptômes bénins puisque ce vaccin protège encore à 81 % contre l’hospitalisation cinq mois après son administration.

Postscriptum du 21 novembre 2021 : En dépit de l’efficacité du vaccin de Janssen contre les effets graves du Covid-19, les autorités américaines recommandent maintenant l’administration d’une dose de rappel de ce vaccin deux mois après avoir reçu la première. Ce qui suggère la vaccination aux deux mois avec ce vaccin.

Références :
Breakthrough SARS-CoV-2 infections in 620,000 U.S. Veterans, February 1, 2021 to August 13, 2021
Comparison of two highly-effective mRNA vaccines for COVID-19 during periods of Alpha and Delta variant prevalence
Covid-19 : face au variant Delta, l’efficacité et les limites des vaccins à ARN
Differential Kinetics of Immune Responses Elicited by Covid-19 Vaccines
Doit-on recevoir une ou deux doses de vaccin si on a déjà attrapé le Covid-19 ?
Effectiveness of the Single-Dose Ad26.COV2.S COVID Vaccine
More than 2 million people in England have had Covid booster jab
Protection of BNT162b2 Vaccine Booster against Covid-19 in Israel
UK Covid infections are at record levels, but cases may have peaked
Waning Immunity after the BNT162b2 Vaccine in Israel

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Covid-19 : évolution au cours des dix premiers mois de 2021

1 novembre 2021

Voici la liste des pays les plus durement affectés par la pandémie au Covid-19.

À titre comparatif, cette liste est complétée par le cas de quelques pays d’Extrême-Orient.

Ont été exclus de cette liste, les pays de moins d’un million d’habitants.

Tableau comparatif des pays les plus atteints au premier jour de certains mois, en nombre cumulatif de morts par million d’habitants

Pays Jan. Mars Mai Juil. Sep. Oct. Nov.
Pérou 1136 1403 1843 5753 5918 5944 5963
Bosnie-Herzég. 1249 1552 2620 2965 3014 3267 3567
Bulgarie 1099 1491 2382 2620 2751 3046 3534
Macédoine du N. 1205 1509 2348 2633 2863 3208 3430
Hongrie 1002 1561 2874 3113 3121 3136 3208
Rép. Tchèque 1093 1909 2733 2825 2833 2839 2867
Brésil 916 1198 1901 2430 2712 2785 2833
Géorgie 634 884 1037 1338 1880 2255 2536
Argentine 954 1145 1407 2078 2452 2521 2535
Roumanie 826 1065 1474 1772 1812 1950 2521
Colombie 850 1168 1446 2083 2427 2450 2467
Slovaquie 412 1331 2148 2290 2297 2315 2388
États-Unis 1074 1586 1776 1864 1980 2156 2299
Slovénie 1312 1854 2048 2125 2140 2195 2287
Croatie 968 1354 1746 2012 2046 2123 2272
Paraguay 315 445 899 1786 2182 2237 2242
Belgique 1681 1899 2083 2163 2179 2197 2230
Lithuanie 588 1199 1463 1633 1706 1874 2213
Mexique 971 1430 1668 1789 1987 2125 2206
Italie 1235 1622 2004 2113 2142 2170 2189
Arménie 953 1077 1391 1522 1636 1798 2147
Tunisie 398 674 907 1262 1968 2080 2107
Royaume-Uni 1089 1805 1870 1878 1974 2002 2058
Pologne 766 1158 1796 1985 1994 2002 2038
Chili 868 1075 1374 1690 1913 1940 1954
Moldavie 746 987 1447 1539 1592 1691 1947
Espagne 1087 1488 1672 1729 1806 1848 1868
Équateur 790 888 1048 1206 1796 1822 1831
France 991 1328 1601 1698 1751 1784 1798
Portugal 685 1607 1669 1682 1747 1770 1788
Lettonie 343 866 1145 1351 1385 1463 1759
Uruguay 55 175 766 1612 1730 1736 1742
Panama 935 1341 1426 1493 1607 1643 1661
Russie 394 592 757 931 1260 1426 1642
Bolivie 780 989 1099 1417 1556 1578 1593
Ukraine 428 598 1021 1205 1240 1300 1568
Grèce 469 629 1007 1224 1319 1434 1544
Iran 655 710 849 992 1272 1414 1480
Afrique du Sud 484 836 908 1016 1371 1456 1479
Suède 861 1265 1384 1436 1440 1457 1472
Namibie 80 165 248 601 1305 1353 1366
Costa Rica 427 546 629 909 1073 1245 1363
Suisse 882 1148 1221 1250 1260 1272 1288
Liban 240 697 1074 1156 1187 1228 1254
Autriche 693 948 1131 1182 1188 1214 1253
Québec 958 1214 1276 1321 1330 1340 1348
Trinité-et-Tobago 91 99 122 610 927 1055 1216
Estonie 180 451 878 956 974 1022 1160
Serbie 373 512 733 810 840 952 1153
Allemagne 410 845 996 1089 1103 1120 1144
Irlande 453 868 984 1001 1022 1048 1085
Pays-Bas 672 908 1000 1033 1048 1058 1072
Jordanie 376 460 862 947 1010 1039 1069
Eswatini 185 558 573 578 947 1038 1056
Albanie 411 631 833 854 870 941 1020
Honduras 315 415 526 696 885 973 1012
Botswana 18 150 323 483 939 982 996
Malaisie 14 34 46 160 515 805 880
Israël 365 626 692 689 760 833 869
Palestine 273 396 625 683 704 785 841
Turquie 248 337 476 584 667 752 828
Guatemala 263 350 412 507 656 743 822
Bahreïn 201 257 368 769 782 783 783
Oman 286 300 383 598 774 778 779
Jamaïque 101 142 260 360 516 628 753
Libye 212 316 433 457 611 667 732
Cuba 13 29 58 115 476 661 728
Azerbaïdjan 262 316 445 488 554 638 692
Sri Lanka 10 22 32 145 437 602 639
Kazakhstan 94 120 168 230 495 589 635
RoC* 256 401 461 518 538 567 602
               
Vietnam 0,4 0,4 0,4 0,8 121 197 225
Japon 27,4 62,5 81,1 117 127 140 145
Singapour 4,9 4,9 5,3 6,1 9,3 17,5 71,4
Corée du Sud 17,9 31,3 35,7 39,4 44,7 48,7 55,7
Taïwan 0,3 0,4 0,5 27,7 35,0 35,3 35,4
Hong Kong 19,7 26,7 27,8 27,9 28,0 28,1 28,0
Chine 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2 3,2

*— ‘RoC’ signifie le Canada sans le Québec.

En octobre, les augmentations les plus importantes ont été rapportées en Roumanie (+571), dans les Balkans (en Bulgarie +488, en Bosnie-Herzégovine +300), en Arménie (+349) et en Lithuanie (+339).

Parmi les pays modèles, la situation se dégrade toutefois dans au Singapour. Le 24 juin dernier, la cité-État a abandonné sa politique zéro Covid. Elle considère maintenant le Covid comme une maladie endémique qu’il faut tolérer dans une certaine mesure.

Références :
Covid-19 : le nombre de cas en temps réel
Covid-19 Coronavirus Pandemic
Covid-19 : pourquoi le nombre de cas augmente fortement à Singapour, l’un des pays les plus vaccinés
Données COVID-19 au Québec

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Se moquer d’un garçon handicapé est un droit constitutionnel au Canada

30 octobre 2021

Vendredi dernier, la Cour Suprême du Canada a infirmé deux jugements antérieurs qui avaient condamné un humoriste pour avoir choisi un jeune handicapé comme souffre-douleur.

De septembre 2010 à mars 2013, au cours de 230 représentations vues au total par cent-trente-cinq-mille personnes, Mike Ward a présenté un numéro dans lequel il se moquait de certaines caractéristiques physiques de Jérémy Gabriel à l’époque où ce dernier avait entre 10 et 13 ans.

Les blagues de l’humoriste étaient des descriptions péjoratives basées sur le handicap du garçon, atteint du syndrome de Treacher Collins.

À l’école, les autres enfants répétaient les insultes et exacerbaient la moquerie.

Du strict point de vue juridique, toute cette affaire se résume à la conception qu’on se fait de la discrimination (au sens d’ostracisme).

Les articles de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (sur lesquels s’appuie cette cause) se lisent comme suit :

Article 4 : Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation.

Article 10 : Toute personne a droit […] à l’exercice […] des droits et libertés de la personne, sans distinction […] fondée sur […] le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap.

Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction […] a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit

Dans un premier temps, les instances québécoises — le Tribunal des droits de la personne et la Cour d’appel du Québec — avaient estimé qu’en exposant Jérémy Gabriel à la moquerie en raison de son handicap, Mike Ward a porté atteinte à la dignité humaine du garçon.

Toutefois, en appel à la Cour Suprême, celle-ci estime que pour prouver qu’il y a ostracisme, on doit démontrer que les propos incitent à mépriser la victime ou à détester son humanité pour un motif de distinction illicite (dans ce cas-ci, son handicap physique).

On doit ensuite établir que ces propos, placés dans leur contexte, peuvent vraisemblablement avoir pour conséquence de frapper cette victime d’exclusion sociale.

Pour la plus haute instance du pays, le sort infligé à Jérémy Gabriel ne répond pas à ces critères, en dépit des apparences.

Qu’est-ce qui explique cet aveuglement ?

À deux reprises dans le jugement majoritaire de la Cour suprême, celle-ci déclare que la Charte québécoise des droits et libertés possède un champ d’application plus vaste que celui de la Charte canadienne (synonyme de la Canadian Constitution).

Selon la Cour, au chapitre des droits individuels, la Charte québécoise lie non seulement l’État, mais aussi toutes les personnes physiques et morales situées sur le territoire du Québec.

En atténuant la protection offerte par celle-ci, la Cour Suprême l’érode pour la mettre davantage en phase avec les dispositions moins contraignantes de la Canadian Constitution.

Tout comme pour la Loi 101, la Cour Suprême poursuit ainsi son travail de sape de la spécificité québécoise.

Ceux parmi nous qui voulons vivre dans une société où le mot civisme a un sens devons remettre en question notre appartenance à ce pays où l’expression publique du mépris et de l’intolérance se justifie au nom de la liberté d’expression.

Références :
Décision de la Cour suprême : Mike Ward vs Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
Mike Ward ou le harceleur public

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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