La déclaration fiscale unique : un écran de fumée

10 février 2019

Introduction

Le gouvernement Trudeau a fermé définitivement la porte à l’idée d’une déclaration unique servant à la fois à payer l’impôt au fédéral et à Québec. Un rapport unique qui aurait été administré par Québec, moyennant compensation.

L’idée n’est pas nouvelle, mais n’a jamais été poussée très loin puisqu’il n’y a jamais eu la moindre chance que cette idée soit acceptée.

Le droit de lever les impôts fait partie des pouvoirs régaliens. C’est ainsi qu’on désigne les droits qui n’appartiennent qu’à l’État et qui ne peuvent faire l’objet de délégation.

Le pouvoir de prélever l’impôt n’est transféré qu’à l’occasion d’une conquête militaire ou d’une annexion territoriale.

En somme, un État ne peut déléguer ce pouvoir sans s’assujettir.

À Ottawa, on frémit sans doute à l’idée qu’un gouvernement indépendantiste à Québec retarde la remise des impôts qu’il a perçus au nom du fédéral dans le but de faire pression sur lui…

Se tirer dans le pied

C’est au Québec que le fédéral dépense la totalité des sommes qu’il consacre à la collecte de l’impôt.

En d’autres mots, tous les employés fédéraux qui s’occupent des déclarations de revenus au Canada le font à partir du Québec. Ils sont 5 300.

Plus de 80% de leurs salaires sont payés par le reste du pays.

Si le fédéral acceptait la demande du gouvernement Legault,
pour chaque dollar économisé par le Québec, notre province perdrait les quatre dollars économisés par les provinces anglophones de même que les retombées économiques qu’elles occasionnent, soit 36 dollars.

Pour chaque dollar économisé, le Québec en perdrait 36.

Le fond de l’histoire

Pourquoi le premier ministre du Québec met-il autant d’efforts à défendre une cause qui n’a aucune chance de succès ?

La réponse se trouve dans une chronique récente d’Hélène Buzzetti.

La chroniqueuse écrit :

En coulisse, les stratèges consultés par Le Devoir (…) expliquent que cette bataille en est une pour le cœur des Québécois.
(…)
« La déclaration unique s’inscrit dans une stratégie plus large pour trouver une façon pour notre chef de “connecter” avec le Québec », explique un stratège conservateur.

Le parti détecte un « sentiment anti-Trudeau au Québec » qu’il cherche à exploiter.

Si le Parti conservateur du Canada a accueilli favorablement la demande du gouvernement Legault, ce n’est pas parce qu’il compte y donner suite une fois au pouvoir.

Les devoirs de sa charge exigent que le premier ministre canadien préserve intacts les pouvoirs sacrés du parlement. Donc une fois élu, le chef conservateur tiendra le même discours que ses prédécesseurs, Justin Trudeau (libéral) et Stephen Harper (conservateur).

La stratégie conservatrice est donc de faire en sorte qu’aux prochaines élections, Justin Trudeau soit perçu comme un premier ministre centralisateur — comme son père — et comme lui insensible aux aspirations et aux bonnes idées du Québec dont l’impôt unique serait un exemple.

L’attitude bienveillante du chef conservateur est donc une astuce lui permettant de se ‘connecter’ aux électeurs d’ici.

Dans ce scénario, François Legault joue un rôle qu’il répète déjà depuis des mois; celui de la victime de l’incompréhension libérale, invitant les Québécois à venger dans la boite du scrutin le refus libéral qu’on s’emploie à présenter comme une humiliation collective.

Les dommages collatéraux

Dès qu’on vous croit puissant, vous le devenez de ce fait; en d’autres mots, une réputation d’invulnérabilité — même surfaite — dissuade bien des adversaires de livrer bataille.

Après quinze ans d’immobilisme libéral, le gouvernement actuel aura besoin d’entreprendre des réformes importantes dont le succès dépendra autant de sa sagesse que de son pouvoir de les mettre en œuvre.

En jouant publiquement à la victime, François Legault sape sa propre autorité de chef d’État.

Récurrent comme la douleur d’une plaie qui ne guérit pas, le thème de l’impôt unique devient un nouvel épisode dans une longue suite de défaites qui contribuent à ancrer cette mentalité défaitiste selon laquelle il est vain de défendre nos intérêts, nos adversaires ayant toujours raison de nous.

Références :
Impôt unique: une patate chaude
Rapport d’impôt unique : oubliez ça!
Un nouvel immeuble pour le centre fiscal de Shawinigan

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Faits divers No 41

6 février 2019
Hong Kong, la nuit

En 2010, à travers le monde, on comptait 614 bâtiments mesurant au-delà de 200 mètres : à l’époque, on en construisait 25 de plus par année.

Depuis, la cadence a quadruplé. C’est ainsi que huit ans plus tard, on en avait ajouté 864, pour un total de 1 478.

Des 143 nouvelles tours en 2018, 88 (61,5%) ont été construites en Chine alors que 16 (11,2%) l’ont été en Amérique du Nord.

Référence : Il existe très exactement 1 478 gratte-ciel de plus de 200 m dans le monde


 
Au Québec, le revenu annuel moyen est de 42 803$. Soixante-et-onze pour cent des contribuables déclarent des revenus annuels inférieurs à 50 000$.

Des 6,6 millions de Québécois ayant transmis une déclaration d’impôt en 2017, 2,4 millions n’ont pas eu de solde à payer en raison de revenus insuffisants ou de déductions fiscales.

À l’opposé, 4,2 millions de contribuables furent imposables. Ils ont versé au fisc québécois la somme de 76,4 milliards$, soit une moyenne de 18 200$ par personne imposée.

Référence : Le poids de la fiscalité recule au Québec


 
Neuf pour cent de la population mondiale habite en l’Amérique latine. Pourtant 39% des homicides sur terre y ont lieu.

C’est la seule partie du monde où les homicides sont la principale cause de mortalité (52%).

Référence : L’Amérique latine, région la plus violente du monde


 
Voici le nombre de kilogrammes de CO2 émis pour produire un kilogramme de :
de bœuf : 32,5 kg de CO2
d’agneau : 33 kg de CO2
de porc : 2,9 kg de CO2
d’huile de palme : 1,9 kg de CO2
d’œufs : 1,6 kg de CO2
de volaille : 1,4 kg de CO2
de lait : 1,2 kg de CO2
de riz : 1,2 kg de CO2
de noix ou de graines : 0,7 kg de CO2
de blé : 0,2 kg de CO2
de soya : 0,1 kg de CO2
de légumes : 0,06 kg de CO2.

Référence : Alimentation responsable: une bouchée pour la planète


 
L’abandon du projet d’université française par le gouvernement ontarien représente une économie annuelle de douze-millions$ pour les sept prochaines années.

Le Québec accorde annuellement 626 millions$ en frais de fonctionnement aux universités anglaises de McGill, de Concordia et de Bishop.

Selon les données de Statistique Canada au sujet de la langue maternelle, il y a six-cent-mille angloQuébécois et un peu moins de cinq-cent-mille francoOntariens.

Référence : Émission La Facture du mardi 18 décembre 2018.


 
Afin d’avoir une idée du prix déboursé par les Canadiens à l’achat d’un gramme de cannabis séché six mois avant sa légalisation, Statistique Canada a effectué un sondage en ligne auquel ont participé 15 269 volontaires.

Ce prix était le suivant selon les provinces et territoires canadiens :
•   5,89$ au Québec
•   6,39$ au Nouveau-Brunswick
•   6,97$ en Colombie-Britannique
•   7,02$ à l’Ile-du-Prince-Édouard
•   7,12$ en Nouvelle-Écosse
•   7,21$ au Manitoba
•   7,28$ en Alberta
•   7,33$ en Ontario
•   7,47$ en Saskatchewan
•   7,87$ à Terre-Neuve
•   7,91$ au Yukon
• 10,24$ au Nunavut
• 11,89$ dans les Territoires du Nord-Ouest.

Référence : Cannabis: les Néo-Brunswickois paient 6,39$ le gramme


 
La proportion de propriétaires d’armes à feu légales est de :
• 86% aux États-Unis
• 41% en Suisse
• 28% en France
• 28% au Canada et
•   5% au Royame-Uni.

Moyenne de morts (homicides et suicides) par armes à feu pour 100 000 décès :
• 12,0 aux États-Unis
•   7,4 en Suisse
•   2,6 en France
•   2,1 au Canada et
•   0,2 au Royaume-Uni.

Référence : L’efficacité contestée des lois sur le contrôle des armes à feu


Liste de tous les faits divers (des plus récents aux plus anciens)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La DPCP et l’esprit de caste

4 février 2019

L’impunité à Lac-Mégantic

À la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic, la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) — responsable d’intenter des poursuites criminelles au Québec — a décidé de ne porter aucune accusation contre les propriétaires de la compagnie ferroviaire responsable de cette tragédie.

Après avoir tenté de livrer de simples subalternes en pâture à l’opinion publique, la DPCP a prétexté leur acquittement par un jury pour justifier l’abandon de toute poursuite criminelle dans cette affaire.

Comment se fait-il que la DPCP ne se rende pas compte qu’il est totalement inacceptable qu’une compagnie étrangère tue 47 des nôtres et s’en tire aussi facilement ?

Quelle est la mentalité qui règne au sein de la DPCP pour qu’elle en vienne à trouver cela normal ?

Le scandale du CUSM

Le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) est un complexe hospitalier construit de 2009 à 2015 et financé en mode PPP au cout de 1,3 milliard$ (2,5 milliards$ en incluant les immobilisations).

22,5 millions$ en pots-de-vin ont été versés par la firme SNC-Lavalin au directeur général du CUSM et son adjoint. Et ce, afin de truquer l’appel d’offres pour la construction du mégahôpital en faveur de la firme d’ingénierie.

Les dirigeants actuels du CUSM estiment que cette complicité entre leurs prédécesseurs et SNC-Lavalin a permis de faire gonfler le prix de construction de l’hôpital d’environ vingt pour cent.

Deux ans après la mort de l’ancien PDG du CUSM, toutes les charges qui pesaient contre lui ont été abandonnées. Toutefois, 5,5 millions$ auraient été récupérés par le biais d’une plainte contre son épouse, complice dans l’affaire.

Quant au second accusé, il a été condamné en décembre dernier à trente-neuf mois de prison. Une cause au civil pourrait permettre de récupérer six des dix-millions$ reçus par cet ex-directeur général adjoint.

La question qui reste est de savoir qui, chez SNC-Lavalin, a décidé de verser ces pots-de-vin.

L’ex-vice-président exécutif a été condamné à 51 mois de prison. Dans les faits, au moment de sa condamnation, il ne lui restait plus qu’un jour à purger (sa détention préventive comptant au double ou au triple).

Son supérieur hiérarchique était Pierre Duhaime, PDG de SNC-Lavalin. En échange de son aveu de culpabilité sur un des seize chefs d’accusation, la poursuite a abandonné les autres chefs.

L’ex-PDG a été condamné à vingt mois d’emprisonnement avec sursis (une peine qu’il purgera à son domicile). De plus, il devra effectuer 240 heures de travaux communautaires et donner 200 000$ au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels.

Finalement, la plus importante affaire de corruption dans les annales judiciaires canadiennes se solde par cette peine clémente, réclamée par la poursuite elle-même.

La complaisance de la DPCP

Se faisant reprocher la peine clémente infligée à Pierre Duhaime, Me Robert Rouleau, procureur en chef de la DPCP, déclarait la semaine dernière à des journalistes :

Est-ce qu’il y a quelqu’un ce matin, parmi vous, qui voudrait être dans les souliers de M. Duhaime ? D’avoir reconnu sa culpabilité à une infraction criminelle alors que l’on a été un PDG respecté. Avec les conséquences (…) qu’il a subies.

Alors s’il y a quelqu’un qui prétend que Monsieur s’en va le cœur léger et les deux pieds sur la bavette du poêle en riant du système, il se trompe lourdement.

Malheureusement pour la DPCP, elles sont nombreuses à se tromper lourdement, les personnes qui trouvent que tout ceci est une parodie de justice.

Si des voleurs cambriolaient la résidence personnelle de Me Rouleau, il est douteux qu’il serait satisfait de savoir que les voleurs ont simplement été condamnés à lui remettre la moitié de ses meubles.

C’est pourtant ce à quoi se résume cette fraude.

Il est quand même incroyable d’entendre la plus haute autorité québécoise en matière de poursuites criminelle, affirmer qu’à crimes d’égale importance, on doit sanctionner plus sévèrement les pauvres que les riches, puisque les riches ont déjà été punis par le déshonneur qui s’est abattu sur eux du fait de leur condamnation publique.

Le déshonneur suffit-il ?

À l’instant même où il commet un crime, son auteur est moins honorable, c’est-à-dire moins digne d’être honoré.

Tout ce que font des accusations criminelles et la condamnation qui s’en suit, c’est d’entacher une respectabilité surfaite.

Rabaissé au rang du voleur, l’auteur d’une fraude de 22,5 millions$ n’a que la réputation qu’il mérite.

Cette défaveur n’est pas une sanction; la personne concernée a usurpé une réputation qu’elle ne méritait pas et qu’on vient de lui retirer.

Conclusion

Les mots récents du procureur en chef de la DPCP pourraient être considérés comme de simples paroles maladroites si elles ne donnaient pas un sens à l’impunité dont semble jouir la caste sociale à laquelle appartiennent les dirigeants de la DPCP.

Aie-je besoin de rappeler que personne n’a été condamné jusqu’ici relativement à la corruption et au copinage sous le gouvernement libéral de Jean Charest.

Le verrou qui empêche le système judiciaire d’être au service du peuple, c’est la profession juridique elle-même.

En raison du monopole professionnel qu’elle exerce, la profession juridique a transformé l’appareil judiciaire en machine à sous au service de ses propres intérêts et de celui de la caste du ‘Un pour cent’ auquel elle appartient.

Références :
Deux ans après la mort d’Arthur Porter, les accusations portées contre lui tombent
Hôpitaux universitaires montréalais: un prix réel de 7 milliards
L’ancien d.g. adjoint du CUSM est condamné à 39 mois de prison
L’ex-PDG de SNC-Lavalin Pierre Duhaime plaide coupable et évite la prison
MMA : Maudite justice de merde !
Scandale des pots-de-vin au CUSM: la femme d’Arthur Porter plaide coupable
Scandale du CUSM : l’ex-cadre de SNC-Lavalin Riadh Ben Aïssa plaide coupable

Parus depuis :
Arrêt des procédures contre un ex-dirigeant de SNC-Lavalin (2019-02-16)
SNC-Lavalin: arrêt des procédures pour l’ex-vice-président aux finances (2019-02-20)
SNC-Lavalin: l’humiliation judiciaire (2019-02-21)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La donation photographique de la famille Lazare

3 février 2019
Au centre, 14 photos de Julia-Margaret Cameron (1815-1879)

Parallèlement à son exposition principale — consacrée jusqu’au 24 février prochain au sculpteur Alexander Calder — le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) présente une exposition consacrée à la photographie nordique contemporaine. Celle-ci se termine le 28 avril 2019.

Les images présentées font partie de la donation photographique du collectionneur montréalais Jack Lazare et de son épouse Harriet au MBAM.

On y expose des photos prises par des artistes américains, canadiens, danois, et français.En voici un aperçu.

Scénographie
Scénographie
Scénographie
Au centre, ‘Sans titre’ (2017) de Nicolas Dhervillers
’Mère migrante, Nipomo (Californie)’ (1936) de Dorothea Lange

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectifs M.Zuiko 25 mm F/1,2 (6e photo) et M.Zuiko 7-14 mm F/2,8 (les autres photos)
1re photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 7 mm
2e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 5000 — 7 mm
3e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 7 mm
4e  photo : 1/80 sec. — F/2,8 — ISO 2500 — 8 mm
5e  photo : 1/60 sec. — F/2,8 — ISO 6400 — 9 mm
6e  photo : 1/80 sec. — F/1,2 — ISO 800 — 25 mm

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le logement social à Vienne

1 février 2019
Le complexe Karl-Max-Hof de Vienne

Introduction

Le plus important propriétaire immobilier à Vienne est la municipalité elle-même. Celle-ci possède 440 000 habitations où logent 62% du 1,8 million de Viennois.

Contrairement à beaucoup de logements sociaux à travers de monde, ceux de Vienne ne sont pas des ghettos de pauvres.

Il s’agit d’habitations à loyer modéré offertes à toute personne habitant depuis au moins deux ans dans la ville et ne gagnant pas plus de 3 317,86 euros net par mois, soit 59 682,84$ net par année.

Le loyer mensuel y varie entre 300 et 750 euros (450$ et 1 125$), selon les revenus du locataire.

L’abondance de l’offre de logements subventionnés profite même aux locataires qui ne répondent pas aux critères de la ville puisque cette concurrence féroce au privé empêche toute bulle spéculative immobilière.

Historique

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, l’Empire austro-hongrois — dont Vienne est la capitale — est à son apogée.

De partout dans l’empire, on quitte les campagnes dans l’espoir d’une vie meilleure en ville. Ce qui y entraine une crise du logement.

Celle-ci pousse à la hausse les loyers alors que les propriétaires scindent leurs appartements en unités plus exigües afin de profiter de la demande.

En 1917, 73,1% du parc immobilier de Vienne se compose de logements minuscules, surpeuplés et insalubres.

En raison des pénuries, l’inflation est telle que bientôt les logements sont inabordables. Pour calmer la grogne populaire, l’empire adopte un décret qui fait redescendre le prix des loyers à leur niveau d’avant-guerre.

Ce qui a rendu non rentable la construction de toute nouvelle construction résidentielle privée.

À la fin de la guerre, la ville est submergée de réfugiés provenant des quatre coins d’un empire sur le point d’être démantelé par les vainqueurs de la guerre.

Des 50 millions d’habitants de l’Empire, il ne reste plus dans le pays (la nouvelle Autriche) qu’une population de 6,5 millions de personnes dispersées sur un petit territoire montagneux à 70%. L’Autriche se retrouve privée du cœur industriel (la Tchécoslovaquie) et du cœur agricole (la Hongrie) de l’empire.

En 1919, les prix à la consommation sont quinze fois supérieurs à ceux de 1914.

L’effort de guerre et le cout des réparations imposées par les vainqueurs achèvent de ruiner le pays. Le taux de chômage y est catastrophique.

En 1920, les Viennois élisent une administration municipale socialiste. Celle-ci met en place un impôt sur les ‘manifestations apparentes du luxe’ qui, dans cette ancienne capitale impériale fastueuse, s’avère très lucrative.

On y taxe les automobiles, les appartements, les écuries de course. etc.

Les sommes recueillies seront en bonne partie consacrées à un ambitieux programme de construction de logements sociaux.

Par décret, on étatise 44 838 logements. Une loi contrôle le prix des loyers. Et on construit cinq-mille appartements par an.

À Montréal, les Habitations Jeanne-Mance (HJM) symbolisent le logement social. Celles-ci comportent 1 388 unités. Pendant plus de cinquante ans, on construira à Vienne l’équivalent de deux HJM par année.

Dans la capitale autrichienne, le symbole emblématique de Vienne la Rouge est le complexe Karl-Marx-Hof (voir photo) dont les 1 382 logements s’étendent sur plus d’un kilomètre. C’est le plus long bâtiment résidentiel au monde.

Chacun d’eux comporte sa propre salle de bain et sa toilette (ce qui était inédit à l’époque).

Le complexe comprend des garderies, des buanderies collectives (comme dans de nombreuses tours résidentielles québécoises), des magasins, une clinique, plusieurs parcs, une bibliothèque, et des bureaux.

Sur ses seize hectares, seulement 18,5% sont occupés par les bâtiments. Le reste est occupé par des espaces verts.

Du point de vue économique, l’effort de construction de la ville a permis la réduction du chômage. Mais il a accaparé une partie importante des crédits qui auraient pu servir au développement de la production industrielle du pays.

De 1934 à 1945, Vienne est dirigée par des administrations d’extrême droite qui mettent fin à ce programme, aussitôt repris après la guerre et poursuivi de manière continue depuis.

De nos jours, la ville de Vienne doit subir les pressions de l’Union européenne qui accuse son programme de logements sociaux de créer des ‘distorsions’ dans le marché locatif.

Après plus d’un demi-siècle d’investissements, le logement social viennois est une mesure sociale qui doit sa longévité au fait qu’il est défendu bec et ongles par la masse importante de ses bénéficiaires qui ont refusé de donner le pouvoir municipal à des formations politiques susceptibles de le remettre en question.

Références :
Autriche ; l’adieu à la classe ouvrière
Le mouvement ouvrier autrichien (Maitron)
Le mouvement ouvrier autrichien (Wikirouge)
Vienne la rouge
Vienne la rouge
Vienne : Logements sociaux
Vienne, l’utopie réalisée du logement pour tous

Parus depuis :
“Vienne la Rouge”, laboratoire du logement social (2019-03-27)
Vienne, l’utopie du logement abordable? (2020-02-14)
Logement social : les leçons de Vienne (2021-10-13)
Logement social : 1 milliard de fonds dans le flou (2021-11-01)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Code secret mohawk

31 janvier 2019

Les Mohawks vivent principalement à Akwasasne, une réserve autochtone située à cheval entre l’État de New York et deux provinces canadiennes (le Québec et l’Ontario).

Au Canada, la langue mohawk n’est plus parlée que par 2 500 personnes.

Pendant des décennies, les écoles qui leur étaient destinées punissaient les élèves autochtones qui parlaient une autre langue que l’anglais.

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les locuteurs mohawks étaient suffisamment nombreux pour qu’on en retrouve dans des unités de l’armée américaine stationnées en Océanie et aux Philippines.

Leur présence fut une occasion de mettre au point le ‘Code mohawk’.

Celui-ci est un des codes secrets mis au point à partir des langues autochtones d’Amérique du Nord. Pour être choisie, une langue devait s’écrire avec l’alphabet occidental.

Le langage codé consistait simplement à traduire les messages secrets américains en langue autochtone, les rendant incompréhensibles à l’ennemi sans qu’il soit nécessaire d’encoder ces messages.

Dans le cas d’autres langues autochtons, le texte traduit était encodé, ce qui ajoutait une couche de protection. Celle-ci devenait nécessaire lorsque la connaissance de cette langue était répandue au point qu’il y avait un risque qu’un de ses locuteurs soit capturé par l’ennemi.

Pour le mohawk, on jugea ce risque insuffisant pour nécessiter l’encodage. Si bien que le texte écrit en ‘Code mohawk’ n’était qu’un texte traduit en mohawk.

Louis-Levi Oakes, d’Akwasasne, est le seul survivant des dix-sept Canadiens qui ont servi de traducteurs mohawks à l’armée américaine.

Le ‘Code mohawk’ détient le record d’être le seul code militaire jamais déchiffré par les forces ennemies.

Références :
Code talker
Le dernier protecteur du code mohawk
Louis Levi Oakes, le dernier Mohawk à parler le langage codé

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Merci à l’agronome Louis Robert

30 janvier 2019

Introduction

C’est aujourd’hui qu’on apprend le congédiement de Louis Robert. Ce dernier est un des agronomes les plus compétents et les plus respectés du Québec.

Depuis 32 ans, il était employé au ministère de l’Agriculture du Québec. Son congédiement serait une décision du nouveau ministre caquiste, M. André Lamontagne.

La politique agricole libérale

Comme n’importe quel autre ministre du gouvernement Charest, celui de l’Agriculture devait rapporter annuellement 100 000$ de dons à la caisse du Parti libéral du Québec.

Ce ministre n’avait donc pas avantage à indisposer les grands de l’agroalimentaire qui lui permettaient de conserver son poste ministériel en contribuant généreusement à la caisse de son parti.

Sous les gouvernements Charest et Couillard, le ministère de l’Agriculture du Québec est devenu un nid de magouilles destinées à l’assujettir aux volontés de l’industrie.

En 2016, le gouvernement Couillard haussait le montant maximal au-dessus duquel les municipalités doivent procéder à un appel d’offres, faisant passer cette limite de 25 000$ à 100 000$.

Concrètement, cela signifie que dans toutes les petites villes du Québec, la grande majorité des dépenses municipales s’effectuent dorénavant de gré à gré, en vertu du pouvoir discrétionnaire du maire ou du directeur général de la ville.

La loi 122 soustrayait également les municipalités de l’obligation de tenir des référendums lorsque leurs concitoyens l’exigent.

La politique agricole libérale se résumait donc à l’érosion de la démocratie municipale, à favoriser la corruption et le copinage, et à la transformation du ministre de l’Agriculture en paillasson de l’industrie agroalimentaire.

L’exemple du CÉROM

Financé à 68% par ce ministère, le Centre de recherche sur les grains (CÉROM) est une corporation à but non lucratif créée en 1997 et doté d’un budget de 4,4 millions$.

Il est dirigé par un Conseil d’administration formé majoritairement de représentants du secteur privé. Le gouvernement libéral a confié la direction du CÉROM à un lobbyiste enregistré dont les démarches visent officiellement à libéraliser l’utilisation des pesticides.

Principal bailleur de fonds du CÉROM, le ministère n’y occupe qu’un poste d’observateur, sans droit de vote.

Au ministère de l’Agriculture, on savait déjà que les chercheurs du CÉROM se plaignaient de tentatives d’intimidation et d’ingérence dans la diffusion et l’interprétation des résultats de recherche.

Toutes ces accusations prouvaient l’existence d’un verrou libéral qui empêchait la divulgation des résultats scientifiques préjudiciables au commerce des néonicotinoïdes.

En 2017, à ses supérieurs hiérarchiques, Louis Robert avait dénoncé l’ingérence du privé sur toute la recherche publique au sujet de l’utilisation des pesticides.

Insatisfait du peu de résultats de sa démarche et convaincu du danger de certains de ces produits, Louis Robert avait révélé cette affaire auprès de journalistes de Radio-Canada avec lesquels il avait partagé des documents accablants.

Envers qui la loyauté ?

Lorsque Jean Charest a accédé au pouvoir en 2003, le budget de l’État québécois était déjà équilibré.

La grande priorité des gouvernements libéraux a été la réduction de la taille de l’État, présentée comme une ‘réingénierie’ destinée à réduire le fardeau fiscal des contribuables.

Pour assurer l’atteinte de cet objectif, on a nommé aux postes décisionnels, de grands mandarins dont le talent se limitait à gérer la décroissance de leur ministère sans provoquer de protestations populaires.

Ceux qui ont excellé à cette tâche ne sont pas ceux qui ont effectué les coupures les plus intelligentes, mais ceux qui ont mieux imposé le mutisme au sujet de leurs décisions.

Pour ces personnes en position d’autorité, la loyauté à leur égard détermine le sort de leur carrière.

Le nouveau ministre de l’Agriculture est un homme d’affaires intelligent. Toutefois, ses connaissances actuelles en agriculture se limitent à savoir que ça sert à produire des aliments…

Les mandarins de son ministère ont profité de son inexpérience pour régler leurs comptes avec Louis Robert. Ils ont convaincu le ministre de congédier personnellement le lanceur d’alerte pour manque de loyauté.

Ce qui pose la question de savoir à qui un employé de l’État doit être loyal : aux peuples du Québec ou à des supérieurs hiérarchiques qui trahissent l’intérêt public.

Les agronomes sont des professionnels régis par un code de déontologie qui les distingue d’exécutants à qui on peut imposer la soumission aveugle aux ordres.

Voilà pourquoi je n’hésite pas à remercier publiquement Louis Robert d’avoir donné préséance aux intérêts de la nation sur toute autre considération.

D’autre part, si André Lamontagne veut éviter le surnom de ‘ministre à Monsanto’, il aurait intérêt à reconsidérer sa décision, punir ceux qui ont profité de son inexpérience pour le faire trébucher et aller au fond des choses en étatisant le CÉROM pour y placer majoritairement des représentants du public consommateur d’insecticides.

C’est ce public qui finance majoritairement le CÉROM par ses impôts. C’est lui qui se situe en haut de la pyramide alimentaire et qui accumule certaines des substances chimiques pulvérisées dans nos champs.

Il est donc normal que ce soit le peuple qui contrôle la recherche scientifique destinée à garantir l’innocuité de ces substances.

Les personnes désireuses d’écrire au ministre de l’Agriculture à ce sujet peuvent le faire en cliquant sur ceci.

Références :
Dissidence au sein de l’UMQ sur l’abolition des référendums
La liberté commande un meilleur contrôle
Le ministre de l’Agriculture a «personnellement autorisé» le congédiement d’un lanceur d’alerte
Les contrats «gré à gré» seront encadrés, promet Martin Coiteux
Mont-Joli n’a pas l’intention d’abuser du pouvoir accordé
Néonicotinoïdes: crise dans un centre de recherche agricole financé par Québec
Pesticides : quand le privé administre la recherche publique québécoise
Pesticides : un lanceur d’alerte congédié par le gouvernement du Québec
Pourquoi un tel empressement de Québec?
Pouvoir ou contre-pouvoir citoyen

Parus depuis :
Six contradictions du ministre de l’Agriculture à propos du lanceur d’alerte congédié (2019-02-12)
Centre de recherche sur les grains: trois administrateurs enregistrés comme lobbyistes (2019-02-07)
Des lobbyistes à la tête de la plupart des centres de recherche financés par le ministère de l’Agriculture (2019-03-18)
François Legault présente des excuses à Louis Robert (2019-06-12)
Le grand retour de Louis Robert (2019-08-01)

Sur le même sujet :
La corruption généralisée des agronomes québécois

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le Brexit ou l’absence de fabrication du consentement politique

29 janvier 2019


 
Introduction

La géographie forge les peuples.

Pour ces gens insulaires que sont les Anglais, le large a toujours représenté le danger.

Pendant des millénaires, c’était le danger des éléments déchainés qui, plus qu’ailleurs, entrainaient leur lot de victimes parmi ceux qui vivaient de la mer.

Et pendant des siècles, ce fut le danger des invasions barbares et plus particulièrement, celles des Vikings.

Quand le pays fut suffisamment fort pour assurer la sécurité de ses côtes et que sa marine eut pris le contrôle des mers, le peuple anglais s’était transformé en Vikings modernes, pillant les peuples sur son chemin et se butant sur l’animosité de ceux qu’ils dépossédaient.

Bref, la dualité du nous vs eux est profondément encré dans l’ADN du peuple anglais.

Au lendemain du Brexit

Après que la population britannique eut voté à 52% en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le gouvernement britannique prit une sage décision; celle de réaliser la volonté populaire.

Mais qu’il s’agisse de l’indépendance du Québec ou du Brexit, un peuple ne peut pas entreprendre de profonds changements politiques sans qu’il y ait consensus à ce sujet. Il n’est pas nécessaire que tout le monde soit d’accord (ce qui n’arrive jamais), mais il faut qu’une majorité solide de la population y consente.

Et par ‘solide’, on veut dire que cette majorité doit être suffisamment forte pour demeurer majoritaire en dépit des doutes qui surgiront lorsqu’on fera face aux premières difficultés d’application de la réforme à entreprendre.

Puisque cette majorité solide n’existait pas au moment du référendum, il fallait la créer. En d’autres mots, il fallait entreprendre la fabrication du consentement populaire. Comme la Chine le fit après la prise du pouvoir par les Communistes. Et comme les États-Unis le firent pour rallier le peuple américain à la guerre contre Saddam Hussein.

Le défi de la fabrication du consentement

Combattre une méfiance profondément inscrite dans l’instinct collectif d’un peuple ne peut pas se faire par de simples messages télévisés d’une minute, même répétés ad nauseam. Il fallait convoquer un débat national sous forme de milliers de petites assemblées locales — parfois même une poignée de gens dans une cuisine ou à l’usine — afin de fabriquer ce consentement.

À ces occasions, il fallait écouter les appréhensions des gens, les atténuer si possible et expliquer les choix difficiles à faire, notamment les choses qui devront être sacrifiées en contrepartie des avantages de la réforme espérée.

Le message du gouvernement aurait dû se résumer à ceci : « Le résultat du référendum est irréversible. Dès lors, il faut retrousser nos manches et entreprendre la réussite du Brexit. Que cela nous plaise ou non.»

C’est ce que le gouvernement de Londres n’a pas fait.

Il ne l’a pas fait parce que les deux principaux partis politiques du pays, à l’image de leurs électeurs, étaient déchirés par de profondes divisions internes.

D’un côté, les partisans d’une sortie abrupte avec l’Union européenne, déterminés à saboter tout accord de sortie.

Impuissants à convaincre la population au cours de la campagne référendaire, leurs adversaires opposés au Brexit ont cru que le temps jouerait en leur faveur. Ils ont laissé pourrir la situation et saboté tout effort d’entente de sortie, convaincus que cette sortie n’arriverait jamais et que le peuple retrouverait la raison, selon eux, avant l’ultime échéance des pourparlers.

À quelques semaines du divorce avec l’Union européenne, la population britannique est aussi divisée qu’avant. Si bien qu’un second référendum, même gagné de justesse par les opposants au Brexit, ne changerait rien à la grogne populaire et à la division du pays.

Ces jours-ci, le scénario le plus probable est celui du navire britannique qui s’éloigne des côtes européennes alors qu’à bord, personne ne s’entende sur ce vers quoi mettre le cap.

Référence :
Référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne


© 2010 — Carte de Google Maps (modifiée)

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Écrit par Jean-Pierre Martel


Le fédéral, les paradis fiscaux et l’indépendance du Québec

28 janvier 2019

La lutte famélique contre les paradis fiscaux

Par souci d’économie, le gouvernement québécois de François Legault aimerait instaurer une déclaration de revenus unique (fédérale et québécoise) gérée par le Québec.

Citée par Le Devoir, une source fédérale indique que cette idée doit être rejetée parce que cela nuirait à la lutte contre l’évasion fiscale.

On apprend donc l’existence, au niveau fédéral, d’une lutte contre l’évasion fiscale. Que donne-t-elle ?

En janvier 2018, Radio-Canada révélait que depuis la publication des Panama Papers en avril 2016, le fisc d’une douzaine de pays a récupéré une somme totale de plus d’un demi-milliard de dollars. Mais rien par le Canada.

Cela n’est pas surprenant. En octobre 2016, le gouvernement Trudeau faisait battre la motion M-42. Celle-ci visait à mettre un terme à l’évitement fiscal dans les paradis fiscaux.

En juin 2017, sous Justin Trudeau, le gouvernement fédéral a ajouté les iles Cook à la liste canadienne des endroits où les richissimes contribuables peuvent légalement cacher leur argent.

Ce qui n’a pas empêché la ministre du Revenu national d’annoncer fièrement que sa lutte à l’évasion fiscale lui aurait permis de récupérer 25 milliards$ (!!!) d’impôts impayés… sans qu’on sache où cet argent est passé.

Officiellement, les contribuables fautifs ont 25 milliards$ de moins à payer sans que le fédéral ait 25 milliards$ de plus dans ses coffres.

C’est ainsi que se solde la lutte fédérale aux paradis fiscaux; un véritable fiasco.

La double imposition

L’évitement fiscal n’est que de l’évasion fiscale légalisée. Et cette légalisation fédérale s’applique à l’impôt provincial uniquement parce que les provinces y consentent implicitement.

L’injustice qui permet aux riches d’éviter de payer leur juste part d’impôt est basée sur le souci d’éviter la double imposition.

Normalement, une multinationale doit payer au fisc canadien l’impôt sur les profits réalisés au Canada. Tout comme elle paie à l’Étranger l’impôt sur les profits réalisés ailleurs.

Le milieu des Affaires soutient que si une compagnie paie déjà de l’impôt ailleurs sur ses profits canadiens, il est injuste de l’obliger à payer une deuxième fois de l’impôt, cette fois au Canada, sur ces mêmes profits.

Mais pourquoi une compagnie serait-elle assez stupide pour déclarer dans un paradis fiscal les revenus qu’elle a réalisés au Canada ?

Si cette compagnie veut éviter la double imposition, il suffit qu’elle cesse de déclarer ses profits canadiens au fisc d’un autre pays. Et si un pays l’oblige à payer de l’impôt sur les profits réalisés partout à travers le monde, cette compagnie n’a qu’à quitter ce paradis fiscal et le problème est réglé.

L’injustice fiscale ou l’indépendance

Pour taxer les gains faits au Canada, on n’a pas besoin de savoir l’importance des avoirs à l’Étranger; il suffit de connaitre les profits réalisés au Canada et d’interdire les tours de passepasse qui permettent de les soustraire au fisc d’ici.

Essentiellement, ce que dit le fédéral, c’est que si le Québec veut s’attaquer aux paradis fiscaux, il doit faire son indépendance.

C’est seulement lorsqu’il aura rapatrié les pouvoirs souverains du Canada — pouvoirs inutilisés par Ottawa — que le Québec pourra créer une société basée, entre autres, sur l’équité fiscale.

Références :
Est-il juste que les riches paient autant d’impôt ?
L’Accord avec les Îles Cook critiqué
Où sont les 25 milliards dus au fisc?
Panama Papers : 500 millions récupérés dans le monde, rien au Canada
Paradis fiscaux: la permission de Trudeau
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

Parus depuis :
Les entreprises canadiennes plus présentes dans les paradis fiscaux (2020-07-23)
Les efforts de l’ARC n’ont mené à aucune accusation (2021-06-21)
La Banque Royale forcée de révéler qui se cache derrière 97 comptes aux Bahamas (2022-07-27)

Pour consulter tous les textes de ce blogue consacrés au prix que nous payons pour appartenir au Canada, veuillez cliquer sur ceci.

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Écrit par Jean-Pierre Martel


La fabrication du consentement politique : un exemple américain

27 janvier 2019

En 1980, l’Irak est dirigé par le président sunnite Saddam Hussein. Craignant que la Révolution en Iran (le pays voisin) incite la majorité chiite de son pays à se soulever contre lui, Saddam Hussein déclenche la guerre Iran-Irak.

Celle-ci s’est déroulée de 1980 à 1988 et s’est soldée par un nombre de morts estimé entre un demi-million et 1,2 million.

L’effort de guerre de l’Irak a été soutenu par l’Arabie saoudite par crainte d’une contagion révolutionnaire de sa propre minorité chiite. C’est ainsi que la dictature saoudienne a déboursé près de 25 milliards$ pour financer l’armée de Saddam Hussein entre 1980 et 1988.

Malgré le financement saoudien, l’Irak s’est retrouvé en très mauvaise situation financière à l’issue de cette guerre.

Pour renflouer ses coffres, l’Irak décida d’envahir et d’annexer le Koweït en 1990 et d’y déposséder sa richissime pétromonarchie.

L’Arabie saoudite, menacée cette fois par la cinquième plus forte armée du monde, appelle les États-Unis à l’aide.

Dans l’éventualité où les armées irakiennes poursuivraient leur route en se lançant à la conquête de l’Arabie saoudite, l’imprévisible Saddam Hussein constituerait une menace sérieuse pour la stabilité du Monde.

D’où la guerre du Golfe — celle du père Bush et non de G.W.— également financée par la dictature saoudienne.

Alors que les États-Unis déplacent une formidable armada vers le golfe persique, le public américain est déjà convaincu de la nécessité de guerroyer contre Saddam Hussein.

Mais ce consentement est rationnel. Pour convaincre des dizaines de milliers de jeunes Américains de risquer leur vie, il faut une noble cause à défendre.

La stabilité de l’approvisionnement en hydrocarbures des compagnies pétrolières n’est pas susceptible de rallier les jeunes écologistes américains à cette guerre. Il faut une cause qui touche le cœur.

C’est alors que se met en marche la fabrication du consentement politique américain.

En Californie, on tourne un court métrage montrant des soldats gravissant dans l’ombre les marches à l’entrée d’un édifice.

Plus tard, on dira que ces images ont été tournées lors de l’invasion du Koweït par l’Irak et qu’elles montrent très précisément l’entrée de soldats irakiens dans un hôpital pédiatrique koweïtien.

Parallèlement, dans les bureaux d’une firme de relations publiques de New York, une jeune femme pleure. Elle pleure en répétant le rôle d’une jeune infirmière venue visiter sa sœur hospitalisée et qui s’est retrouvée à assister malgré elle à un drame déchirant.

Sous ses propres yeux, des soldats de Saddam Hussein ont ordonné qu’un retire tous les prématurés de leurs incubateurs et qu’on les dépose sur le plancher froid de l’hôpital, condamnant ces pauvres chérubins à une mort certaine par hypothermie.

Juste à l’invocation de ce drame, le regard de la jeune femme se voilait de larmes.

Pendant ce temps à Washington, la Chambre des représentants convoquait une commission chargée d’examiner les motifs qui justifiraient l’intervention américaine au Koweït.

Lorsque la commission fut prête à entendre des témoignages, on fit en sorte qu’une jeune femme appelée Nayirah fut une des premières personnes entendues.

Fraichement descendue de l’avion, la jeune fille s’était précipitée aux pieds de la commission, mue par l’urgent besoin de témoigner de la cruauté de Saddam Hussein.

C’est alors qu’elle raconta qu’au Koweït, alors qu’elle était venue visiter sa sœur hospitalisée, elle s’était retrouvée à assister malgré elle à un drame…

Mais… n’est-ce pas ce qu’on disait plus tôt au sujet de la comédienne de New York ?

Eh oui. De plus, pour documenter son témoignage, on avait ce court métrage qui montre les soldats de Saddam Hussein pénétrant justement dans cet hôpital pédiatrique…

Répété en boucle par la télévision américaine, ce faux témoignage suffit à convaincre des milliers de jeunes Américains qu’ils avaient une occasion unique de participer à changer le cours de l’Histoire en délivrant le monde d’un dangereux tyran.

Plus tard, aucune enquête officielle ne fut entreprise lorsqu’on apprit que la jeune femme en question était la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis et que la priorisation de son témoignage au Congrès avait nécessité la complicité de tout un réseau d’influences.

Références :
Affaire des couveuses au Koweït
Guerre Iran-Irak
Invasion du Koweït

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Écrit par Jean-Pierre Martel


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