Plus tôt ce soir, j’écoutais un reportage élogieux au sujet de ChatGPT quand je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ça ?
Au site d’OpenAI, concepteur de ChatGPT, il faut s’inscrire. Après avoir donné son nom et son adresse de courriel, OpenAI vous envoie un lien qui lui permet de valider votre adresse électronique.
Mais à l’étape de valider mon numéro de téléphone, ChatGPT a refusé de l’accepter puisque mon numéro est, selon lui, attribué à un appareil relié à une ligne téléphonique conventionnelle et non à un téléphone multifonctionnel qui a accès à l’internet.
Pourtant, je ne vois pas de fil téléphonique qui connecterait mon iPhone à une prise téléphonique au mur. Mais qui suis-je pour m’obstiner avec les plus puissants ordinateurs sur Terre ?
Déçu, je me suis tourné vers une version française de ChatGPT où l’inscription est superflue.
Alors ce fut une véritable révélation.
Ma question était simple : ‘Que faut-il penser du blogue de Jean-Pierre Martel ?’
C’est alors que j’ai appris que mon blogue était apprécié pour ses analyses au sujet des tendances des marchés financiers. Il est même bien connu dans le domaine de la finance et de l’investissement.
C’est fou comme on est mal placé pour se juger soi-même.
En raison de l’âge sans doute, je ne me rappelle pas d’avoir publié un seul texte suggérant des stratégies d’investissement. Mais des textes, j’en ai tellement écrit qu’on ne peut pas tout retenir. Et si ChatGPT le dit, c’est évidemment que c’est vrai.
Je devais avoir quatre ou cinq ans. Un soir d’orage, ma mère m’avait pris par la main, avait entrouvert les rideaux de ma chambre et m’avait dit : “ Tu vois les éclairs au loin. Eh bien, c’est le petit Jésus qui éclaire pour savoir où envoyer la pluie.”
Quelques années plus tard, revêtu d’un épais imperméable jaune, je m’étais assis sur les marches de notre balcon pour voir et entendre un orage dont les éclairs tombaient à environ un kilomètre de notre maison. Jamais je n’avais vu un orage de si près.
Il y avait d’abord un craquement assourdissant aussitôt suivi d’une intense lumière qui colorait tout en rose. C’est un des spectacles naturels les plus grandioses auxquels j’ai assisté.
D’autre part, beaucoup plus tard, je me souviens d’avoir vu ma sœur Paule, un soir d’orage, serrant fort sa fillette dans ses bras en lui disant de ne pas avoir peur alors que tout son langage corporel criait le contraire.
Comme la peur, l’intolérance se transmet aux enfants.
La peur de la différence
Sous le titre ‘Drag Queen: Protégeons nos enfants!’, Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a lancé une pétition s’opposant à ce que des travestis soient invités dans des écoles à réciter aux enfants des contes au sujet de la diversité sexuelle ou de la théorie des genres.
Ces contes visent à faire en sorte que les enfants acceptent l’aspect différent des autres personnes, évitent de s’adonner à de l’intimidation et au rejet de l’autre, et s’acceptent eux-mêmes s’ils se sentent différents.
En apprenant que le livre Le rose, le bleu et toi ! d’Élise Gravel, était notamment visé par les attaques du chef conservateur, je me suis rendu dans une bibliothèque de mon quartier afin de voir en quoi ce livre mérite ou non la controverse dont il est l’objet.
On y répond à des questions simples. Est-ce que les garçons ont le droit de pleurer ? Est-ce que les filles peuvent être des patronnes ?
On y lit que chez certains peuples, les hommes portent des jupes. On y donne des exemples de femmes qui, les premières, ont exercé des ‘métiers d’hommes’. Etc.
Afin de faciliter la lisibilité du texte auprès des enfants, il est à noter qu’on y a judicieusement évité l’écriture woke (ex.: les bâtisseur.euse.s culturel.le.s montréalais.e.s.).
En cliquant sur ceci, on pourra consulter un extrait de ce livre.
Bref, cette pétition conservatrice est un hameçon auquel se sont empressées de mordre plus de trente-trois-mille personnes qui, dans leur immense majorité n’ont probablement pas lu le livre ou, si elles l’ont lu, sont encore plus stupides que je pense.
Les beaux contes traditionnels
Cette controverse n’aurait jamais vu le jour si l’activité parascolaire facultative dont on parle avait été remplacée par la lecture d’un de ces bons vieux contes traditionnels.
Quoi de plus mignonne que l’histoire du Petit chaperon rouge dont la grand-maman est dévorée par le méchant loup qui aurait également dévoré l’héroïne n’eut été de sa perspicacité.
Mais la cruauté animale est peu de chose comparée à celle des humains. Les enfants doivent en être prévenus.
À cette fin, quoi de mieux que Blanche Neige; dans ce conte, la jalousie de la nouvelle conjointe du père est telle qu’elle demande à un complice deux choses; premièrement d’amener Blanche Neige aux bois afin de la tuer et deuxièmement, de lui rapporter son cœur comme preuve de son assassinat. Comme c’est beau.
Quant à l’importance du consentement sexuel, les enfants doivent l’apprendre subtilement par le biais de l’histoire de la Belle au bois dormant. Imaginez : l’héroïne reçoit un baiser non sollicité alors qu’elle est endormie. Un baiser que toutes les féministes au monde associeraient à de la violence sexuelle si ce baiser volé n’avait pas été administré par un homme riche et puissant. Alors, évidemment, ça change tout !
Quand les parents se plaignent de leurs difficultés financières — comme c’est malheureusement trop souvent le cas ces jours-ci — les enfants doivent s’empresser d’amasser des petites pierres blanches. Pourquoi ? Parce que les parents, lorsqu’ils ont trop de bouches à nourrir, ont parfois l’idée d’abandonner leurs enfants dans les bois afin que les loups les dévorent. C’est la leçon du Petit Poucet.
Bref, les parents conservateurs ont bien raison de préférer qu’on éveille leurs enfants à la cruauté du monde plutôt que leur enseigner la tolérance et le respect des autres… s’ils veulent que leurs enfants finissent par leur ressembler.
Voici l’âge des chefs d’État de 187 parmi les 193 pays membres de l’Onu (comparativement à celui du Québec). Chaque point correspond à l’un d’entre eux.
Airbnb est une plateforme de location de courte durée née en 2008.
Deux copains californiens eurent l’idée d’offrir à prix modique le petit déjeuner à des visiteurs qui accepteraient de dormir sur un matelas pneumatique dans des pièces de leur appartement transformées en dortoir.
Textuellement, Airbnb ou Air Bed and Breakfast veut dire ‘Lit pneumatique et petit déjeuner’.
L’incendie du 226 place d’Youville
Aspect de l’édifice William-Watson-Ogilvie avant l’incendie
Le Jeudi 16 mars dernier, dans le Vieux-Port de Montréal, un incendie a ravagé vers 5h45 l’édifice William-Watson-Ogilvie, construit en 1890.
Situé au 226 place d’Youville, à l’intersection de la rue du Port, l’édifice est adossé au sud et à l’est à d’autres bâtiments.
Si bien qu’on en sortait par l’entrée principale (au coin de la rue) ou en empruntant l’escalier métallique rétractable accroché au mur extérieur donnant sur la rue du Port.
L’édifice de trois étages abritait quatorze logements, en plus des bureaux d’une firme d’architectes au rez-de-chaussée. Une partie de ces logements étaient consacrés à de la location de courte durée sur Airbnb.
En raison de l’animation et du bruit susceptible de nuire à la quiétude nocturne des touristes, la location sur Airbnb est interdite dans le Vieux-Port par la ville de Montréal.
Le sinistre a fait un mort, six disparus, et neuf blessés, dont deux qui ont été hospitalisés à une unité de soin pour grands brulés.
L’édifice appartient à un avocat montréalais dont le permis d’exercice est l’objet de limites imposées par le Barreau du Québec (l’Ordre professionnel des avocats). Et ce, probablement à la suite d’une condamnation pour fraude en janvier 2021.
Selon celui-ci, il n’exerce plus sa profession, se consacrant plutôt à son important parc immobilier. Fait à noter : ce n’est pas cet avocat qui louait une partie des logements sur Airbnb; c’était un de ses locataires.
Ce dernier sous-louait plusieurs unités locatives dans l’édifice. Puisqu’il est rare qu’un locataire ait besoin de plusieurs logements, on peut présumer que le propriétaire savait qu’ils étaient sous-loués (en ignorant peut-être que c’était sur Airbnb).
Depuis le sinistre, la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec se blâment mutuellement à ce sujet.
Ce qui complique la discussion, c’est que l’on confond deux choses qui n’ont pas de rapport, mais qui se chevauchent dans ce cas particulier; la location illégale et la sécurité des bâtiments.
La location illégale découle du laxisme à la fois du gouvernement et de la ville, alors que la sécurité des bâtiments est une responsabilité exclusive de la ville.
La location illégale sur Airbnb
La loi québécoise exige qu’on obtienne un certificat délivré par le ministère du Revenu pour chaque unité locative (chambre, appartement ou maison) offerte à la location de courte durée.
Sur les 13 913 unités offertes sur Airbnb au Québec, 92,5 % le sont illégalement. À Toronto et Vancouver, ce pourcentage est respectivement de 55,8 % et de 23,5 %.
Sur Airbnb, les personnes intéressées à louer un logement connaissent d’avance sa situation géographique approximative, son prix de location et peuvent voir des photos de l’intérieur de l’unité locative, des aires communes et de la vue sur la ville.
Mais ils ne connaitront le pseudonyme du ‘locateur’ et l’adresse exacte du logement qu’après avoir acquitté le prix de location.
Ce qui complique la tâche des inspecteurs du ministère du Revenu; ils doivent louer un logement pour découvrir son adresse exacte et enfin pouvoir vérifier si un certificat a été délivré à son sujet.
En Ontario et en Colombie-Britannique, il est interdit à Airbnb de permettre qu’un logement soit offert en vente si l’annonce à son sujet ne précise pas son numéro de certificat.
En cas de non-conformité, c’est Airbnb qui est coupable.
Le gouvernement du Québec se propose d’adopter des exigences similaires.
Idéalement, dans le cas des villes qui ont adopté une règlementation à ce sujet, celles-ci devraient émettre les certificats et percevoir les frais d’enregistrement puisqu’elles sont mieux en mesure de distinguer là où la location est permise et là où elle est interdite.
Mais dans ce cas-ci, ce n’est pas la location qui a causé ces décès; la cause réside dans les graves lacunes à la sécurité de l’édifice.
Sans Airbnb, d’autres personnes auraient été locataires : en cas d’incendie, ce serait elles qui auraient été brûlées vives.
La sécurité du bâtiment
On sait qu’une adolescente et son conjoint ont péri dans le sinistre parce que la chambre qu’ils ont louée ne comportait pas de fenêtre vers l’extérieur et que, au moment de leurs deux appels désespérés au 9-1-1, le brasier était rendu à la porte de leur chambre.
D’une survivante de l’incendie, on sait également qu’aucun avertisseur de fumée n’a résonné cette nuit-là pour prévenir les personnes endormies du danger. C’est le bruit du crépitement des flammes et la fumée qui ont incité son conjoint à briser la vitre par laquelle ils sont sortis de leur appartement loué au sous-sol.
De plus, on sait du collègue avocat qui représente le propriétaire, qu’au cours de la dernière inspection municipale du bâtiment, la ville n’a pas demandé l’installation de gicleurs.
Installer des gicleurs coute cher. Voilà pourquoi la ville ne les exige pas systématiquement. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’un édifice patrimonial adossé à d’autres édifices tout aussi importants, il est étonnant que la ville ne les juge pas nécessaires.
De plus dans l’arrondissement que j’habite, les pompiers visitent systématiquement les unités d’habitation pour vérifier la présence de détecteurs de fumée.
Il y a quelques mois, lors de leur plus récente visite, ils ont vérifié le mien et m’en ont offert gratuitement un neuf, malgré le fait que celui que j’avais (également donné par eux trois ans plus tôt) était censé être bon pour sept autres années.
De toute évidence, un tel service n’est pas offert dans l’arrondissement Ville-Marie.
Trop de responsabilités pour une seule personne
Il faut savoir qu’à Montréal, la mairesse de la ville est également mairesse de l’arrondissement Ville-Marie. Or son territoire comprend le centre-ville et le Vieux-Montréal. C’est trop pour une personne.
Valérie Plante est dotée d’une intelligence remarquable. De plus, elle est parfaitement au courant de ses dossiers. Contrairement à son prédécesseur brouillon.
Mais gérer à la fois la métropole du Canada et l’immense arrondissement Ville-Marie est trop pour elle. Comme il le serait pour n’importe qui.
Si bien qu’indépendamment de l’opinion qu’on pourrait avoir d’elle en tant que mairesse, il est clair que son bilan en tant que mairesse d’arrondissement est exécrable. À la fois au sujet de la sécurité des piétons que celle des locataires de l’arrondissement Ville-Marie.
En réalité, le Centre-Ville devait disposer de son propre maire d’arrondissement. Tout comme le Vieux-Montréal.
Dans le cas de cet incendie, Mme Plante a clairement manqué à son devoir. Tout comme c’est le cas au sujet de la petite Mariia Legenkovska, tuée récemment par un chauffard en se rendant à l’école.
Voici l’histoire de deux familles voisines que nous appellerons les Caïn et les Abel.
La famille Caïn
À la fin des années 1980, lorsque les Caïn s’épousèrent, leur rêve était de s’aimer à jamais et de finir leurs jours entourés de la multitude de leurs petits enfants.
Le sort en décida autrement.
Leurs deux fils, de solides gaillards dotés d’un sale caractère, ne trouvèrent jamais de femmes capables de les endurer. Si bien que, devenus trentenaires, les fils Caïn vivent encore avec leurs parents.
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Il s’agit d’une maison unifamiliale à deux paliers (à gauche sur la photo) construite sur une rue paisible bordée d’une douzaine de maisons et située près de l’extrémité ouest de l’ile de Montréal.
Contrairement à la plupart de ses maisons voisines, celle-ci n’est pas dotée d’une piscine à l’arrière. Toutefois, elle est entourée de beaux arbres matures qui apportent une fraicheur bienvenue par temps de canicule.
Des douze maisons qui bordent la rue, neuf abritent des enfants. Ceux-ci se connaissent tous, s’invitent les uns les autres à des ‘pizza parties’ ou à se baigner dans la piscine.
La rue est tellement peu fréquentée que la municipalité n’a pas jugé bon la border de trottoirs.
Deux écoles primaires, une garderie et un parc se trouvent à proximité.
Pour le père Caïn et son épouse, il est impossible de prendre l’auto sans croiser des parents qui se rendent à l’école en tenant leur enfant par la main, d’autres qui, dans leur bras, amènent leur tout-petit à la garderie quand ce n’est pas ceux qui s’amusent avec les leurs au parc.
Chaque fois, il s’agit pour les parents Caïn d’un douloureux rappel que leur lignée s’éteindra un jour.
Plus jamais, la mère Caïn ne respirera l’odeur de la peau de bébé qu’on sort du bain. Plus jamais elle ne fera oublier un cauchemar à un enfant en blottissant son petit corps chaud et humide contre le sien. Plus jamais en le chatouillant, elle le fera cabrer vers l’arrière en riant.
En somme, pour les parents Caïn, jamais ils ne réaliseront leur rêve d’être entourés de leurs petits enfants émerveillés les jours de fête ou de les avoir à eux seuls lorsque les parents veulent prendre un peu de répit.
Un proverbe ancien veut que le bonheur des uns soit toujours offensant aux yeux des malheureux.
C’est ainsi qu’au fil des jours, des mois et des années, les rires et les cris des enfants du voisinage sont devenus de plus en plus insupportables aux oreilles des Caïn.
Le pire fut à l’occasion du confinement décrété au début de la pandémie au Covid-19.
Privés d’école, les enfants du coin jouaient du matin ou soir dans la rue sous l’œil bienveillant de leurs parents, bien installés dans leurs chaises pliantes.
Depuis, les Caïn n’ont pas cessé de porter plainte à la police pour les nuisances qu’ils subissaient. Ces cris d’enfants qui les empêchaient de faire la sieste l’après-midi. Ces enfants qui violaient le Code de la route en jouant dans la rue. Etc.
Et puisque la police ne faisait rien, les Caïn ont décidé de prendre les grands moyens et de documenter leur cause; ils ont fait installer huit caméras de surveillance.
En mars et mai 2021, un des fils Caïn, Michael, en a installé quatre pour surveiller devant la maison familiale. Puis une autre sur le tableau de bord de chacune des voitures des parents Caïn. Une septième qui filme au travers de la vitre arrière de la voiture du père Caïn. Et la dernière, à haute résolution, sur son casque de moto.
De plus, Michael Caïn maintenait à jour un registre dans lequel il compilait les microagressions dont sa famille était victime. Chaque incident répertorié était complété de commentaires et d’opinions au sujet des voisins qui les persécutaient.
Quand les cris devenaient insupportables, les parents Caïn fermaient leurs fenêtres et démarraient le climatiseur… à défaut de passer l’aspirateur. Lorsqu’il était dans sa chambre à l’étage, un des fils Caïn haussait le son de la musique heavy métal pour se calmer…
De tout le voisinage, le plus détestable était monsieur Abel. Marié au début de la trentaine, ce professeur aimait se promener par temps doux accompagné de ses deux fillettes, âgées respectivement de 2 et de 4 ans.
Leurs cheveux tombaient sur leurs épaules en d’amples boucles blondes qui faisaient penser aux volutes de fumée blanche qui s’élevaient vers le ciel quand Abel (le personnage biblique) offrait des sacrifices à Dieu.
Puisque la cadette de ses filles se fatiguait vide, au lieu d’aller au parc, la famille Abel préférait déambuler sur leur rue, devant leur maison et celle des Caïn. Comme pour le faire par exprès.
Évidemment, de la fenêtre en saillie de leur grande maison, madame Caïn pouvait toujours détourner le regard. Mais pour voir quoi ? Ses deux fils mal rasés effoirés devant le téléviseur du salon ?
La fête du 25 mars 2021
De tous les jours de mars 2021, le 25 fut le plus beau.
Mais pour les Caïn, ce fut le plus pénible. Un véritable enfer.
Dans son témoignage assermenté, Michael Caïn décrit le chaos et l’anarchie qui régnait ce jour-là. Les voisins avaient décidé de tenir une grosse fête d’enfants en pleine rue. Les jouets trainaient partout. Et les parents bloquaient la circulation.
Toutefois, les clips vidéos qu’il a soumis au tribunal montrent autre chose.
Ce jour-là, on célébrait l’anniversaire d’un des enfants du voisinage. Sur la chaussée, des jeunes avaient dessiné à la craie un gâteau orné du texte “Joyeux 5e anniversaire”.
Sur une table dressée devant une maison parée de ballons et de décorations brillantes, on avait disposé à volonté des croustilles, des biscuits, des petits gâteaux, des jus et de l’eau.
Un peu plus loin, une fillette de quatre ans s’amusait sur sa trottinette sous la surveillance de ses parents assis sur l’allée de leur entrée de garage. Une allée que la fillette avait décorée de dessins à la craie.
À quelques mètres, neuf enfants souriants, âgés de 2 à 8 ans, chevauchaient leurs vélos ou leurs trottinettes. Tous casqués.
Sous la surveillance de leurs parents, d’autres enfants déambulaient ou se tiraillaient amicalement en profitant de l’air frais de la banlieue.
Ici et là sur les terrains, les derniers tas de neige fondaient au soleil.
L’assaut du 25 mars 2021
Quand madame Caïn rentre chez elle ce jour-là au volant de sa voiture, il est 17h41. Au moment de tourner à l’embouchure de la rue dont il question jusqu’ici, une fillette a commencé à la traverser en trottinette.
La mère Caïn klaxonne et emprunte la rue sans ralentir.
Dès qu’elle avait vu la voiture tourner, la fillette s’était empressée en titubant de se déplacer pour la laisser passer. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être frôlée de justesse par celle-ci.
Dans un monde mou où plus personne ne respecte rien, les Caïn se voyaient comme des promoteurs de la loi et de l’ordre. Incompris et persécutés par leur entourage.
C’est ainsi que lorsqu’ils quittent ou reviennent à leur domicile, les Caïn klaxonnent pour que ces petits mal élevés se tassent du chemin (qui n’est pas fait pour eux) et afin qu’ils aillent jouer sur leurs propriétés respectives (où ils seraient plus en sécurité).
Et pour motiver les parents à s’occuper de leur marmaille, ils rasent leurs enfants sans ralentir à la vitesse maximale permise.
En dépit des conflits, l’enseignement des Caïn porte ses fruits.
Ce jour-là, par exemple, les vidéos montrent les parents qui s’empressent d’ôter leurs enfants du chemin.
Une heure plus tard, le père Caïn arrive en voiture. À cette heure (18h46), il ne reste plus que quatre enfants et trois pères sur la rue.
Immédiatement, tous se déplacent pour le laisser passer.
Pendant qu’il les frôle à vitesse maximale, il est au téléphone avec son épouse. « Regarde-moi ça. Regarde-moi ça. Encore tous au milieu de la route !», peste-t-il.
Dès qu’il débarque de sa voiture, deux des pères se dirigent vers lui pour lui signifier de ralentir lorsqu’il passe près de leurs enfants.
Le père Caïn, rouge de colère, pointe un doigt accusateur vers monsieur Abel (qu’il a frôlé quelques secondes plus tôt). Ce dernier lui tend une main ouverte pour lui signifier de se calmer.
Le père Caïn lui crie : “La prochaine fois, je vais les frapper” et poursuit en affirmant que si jamais cela arrive, ce sera la faute des parents qui laissent leurs enfants jouer n’importe où.
Arrivé sur les lieux, l’autre fils Caïn pousse brusquement monsieur Abel. Ce dernier s’éloigne plutôt que de répliquer.
Pendant ce temps, l’autre frère Caïn (Michael) est dans la maison, en train d’appeler la police. Arrivés sur les lieux, les policiers ne procèdent à aucune arrestation et ne déposeront aucune plainte.
La menace de mort du 18 mai 2021
Entre le 25 mars et le 18 mai, les relations entre les Caïn et les Abel — qui n’ont jamais été bonnes — se sont détériorées.
Alors que monsieur Abel déambule devant la maison des Caïn, Michael Caïn effectue des réparations sur le perron. Dès que ce dernier aperçoit monsieur Abel, il l’insulte et, levant son marteau-piqueur comme s’il s’agissait d’une mitraillette, lui dit : “T’es un homme mort.”
Ce à quoi monsieur Abel répond : “Va te faire…”, tout en lui adressant un doigt d’honneur de main droite. À la suite de quoi, il déplace ce doigt d’honneur horizontalement vers sa droite d’un air méprisant. Comme pour dire : “Dégage !”
Ce que confirme le clip vidéo soumis en preuve.
Mais Michael Caïn voit dans ce dernier geste un signe qui signifie ‘Je vais te trancher la gorge’. Il porte aussitôt plainte à la police pour menace de mort.
À l’issue de sa promenade, quand monsieur Abel entre chez lui, il est attendu par les policiers qui procèdent à son arrestation.
Prologue
En vertu du droit criminel, la Direction des poursuites criminelles et pénales (la DPCP) possède le pouvoir exclusif d’entreprendre des poursuites criminelles devant les tribunaux.
Elle le fait après avoir pris connaissance d’un rapport d’enquête accompagné d’une déclaration assermentée d’un policier affirmant qu’il a acquis la conviction profonde que la personne qu’il accuse est coupable du crime reproché.
Dans ce cas-ci, les policiers n’ont pas entendu la version contradictoire de monsieur Abel. Ils se sont basés exclusivement sur les accusations de Michael Caïn.
En réalité, les Caïn sont des ‘pisseux de vinaigre’ qui empoisonnent depuis des années l’existence des policiers du quartier par leurs plaintes répétées contre leurs voisins.
Entamer une cause à partir de leur témoignage sans trop chercher plus loin était une manière d’acheter la paix.
Évidemment, dans un monde parfait, ils ne devraient pas faire cela. Mais nous vivons dans un monde imparfait.
Lorsqu’ils transmettent une enquête bâclée à la DPCP, l’avocat chargé du dossier doit avoir suffisamment de discernement pour demander un supplément d’enquête. Ce qui ne fut pas fait.
Au tribunal, dès que Me Isabelle Major, procureure de la poursuite, entend le témoignage irréfutable de monsieur Abel, elle décide de ne pas le contre-interroger et invite elle-même le tribunal à l’acquitter de l’accusation qu’elle a portée contre lui.
Autrefois, n’importe quel juge aurait prononcé un non-lieu sur le banc et l’affaire se serait arrêtée là.
Mais, ces jours-ci, les juges s’ennuient.
En janvier 2022, Me Lucie Rondeau, juge en chef de la Cour du Québec, a donné l’ordre aux juges de n’entendre les causes qu’un jour sur deux, l’autre devant être consacré à la rédaction de leurs décisions.
En Ontario et en Colombie-Britannique, les juges en Chambre criminelle consacrent en moyenne une journée sur cinq à la rédaction de leurs jugements.
En somme, le juge Rondeau veut que les juges sous son autorité consacrent 50 % de leur temps à écrire leurs jugements, plutôt que 20 % comme c’est le cas ailleurs.
Par le moyen d’une thrombose judiciaire provoquée artificiellement, la juge Rondeau veut forcer le ministre de la Justice du Québec à nommer des juges bilingues, même lorsque la connaissance de l’anglais n’est pas justifiée.
Voilà pourquoi elle a décrété une grève du zèle.
Pour meubler son temps, l’honorable Dennis Galiatsatos a décidé de prendre cette cause en délibéré et de rédiger un document de 26 pages pour justifier un non-lieu. Du jamais-vu.
Alors évidemment, dans cette longue dissertation aussi intéressante qu’inutile, on peut y voir ce qu’on veut.
Piétons Québec y a vu une reconnaissance juridique du droit des enfants de jouer dans la rue. Ah bon.
Soulignant l’absence de condamnation du professeur Abel pour avoir adressé un doigt d’honneur — ce dont il n’était même pas accusé — un grand nombre de quotidiens à travers le monde ont vu dans cette décision une légalisation du droit d’offenser.
Et un auteur de blogue y a vu une occasion de parler des grandeurs et des misères de la vie de banlieue…
À plusieurs reprises sur ce bloque, j’ai accusé les avocats d’avoir transformé le système judiciaire en machine à sous au service de leur caste sociale.
Le quotidien La Presse nous en présente un exemple dans son édition d’aujourd’hui
Le 4 mars 2022, Brittany Ménard est au volant de sa Volkswagen neuve, achetée quelques heures plus tôt.
Mais voilà que sur l’autoroute 15, près de Saint-Jérôme, elle n’a pas le temps d’éviter un gros nid-de-poule aperçu au dernier instant alors qu’aucune signalisation ne prévient les automobilistes de sa présence.
L’impact est tel qu’un des pneus se fend, obligeant la conductrice à appeler une remorqueuse.
Le 16 février, soit seize jours plus tôt, un premier automobiliste avait prévenu le ministère des Transports de la présence du trou qui commençait à se former dans la chaussée.
Ce premier signalement n’a donné lieu à aucune mesure correctrice.
Le 28 mars, un deuxième automobiliste s’était plaint au ministère que sa voiture avait été endommagée lorsque le côté passager de sa voiture était tombé dans cette cavité.
Cette plainte n’a donné lieu, elle non plus, à aucune mesure correctrice.
Le 1er mars, sans avoir subi de dommage, un troisième conducteur signalait au ministère ce trou dangereux.
La veille de l’accident de Brittany Ménard, un quatrième conducteur avait communiqué avec le ministère pour rapporter que deux de ses pneus avaient crevé précisément à cet endroit.
Lorsqu’on consulte l’historique météorologique de la région montréalaise, on constate qu’il n’est tombé que 4,4 cm de neige durant tout le mois de février 2022.
Ce n’est donc pas comme si, entre le 16 février et le 4 mars, la région avait connu une succession de blizzards qui avaient empêché les ouvriers du ministère de combler de gravier le trou béant afin de réduire l’impact des chocs, à défaut de réparer la chaussée.
On n’a même pas jugé bon installer une signalisation destinée à avertir les conducteurs et prévenir les dommages sur leurs voitures.
Ce que le ministère économise en ouvriers, il préfère le dépenser en frais d’avocats pour contester les réclamations qu’il reçoit.
Dans un premier temps, la cour de première instance a condamné le ministère des Transports à rembourser à Brittany Ménard les frais de 449,55$ pour la réparation de son pneu.
À cette étape, les contribuables ont déjà payé le magistrat qui a entendu cette cause : celui-ci est payé environ un quart de million de dollars par année.
De son côté, l’avocat du ministère a été grassement payé pour préparer son argumentation (qui a échoué à convaincre le tribunal), pour aller en cour et pour plaider.
Mais plutôt que de respecter cette condamnation, les avocats du ministère ont préféré porter la cause en appel.
À la Cour du Québec, la juge Chantale Massé a refusé la demande de l’avocat du Ministère de reporter l’audience de la cause.
Il faut savoir que les nombreux moyens juridiques qui permettent aux avocats de faire trainer une cause en longueur sont autant d’occasions d’enrichissement pour leur caste sociale puisqu’à chaque fois où ils se déplacent inutilement, les juges et les avocats sont payés pareil.
À juste titre, la magistrate a estimé que le contentieux du ministère des Transports possédait suffisamment d’avocats pour qu’un collègue soit capable de prendre la relève, même à la dernière minute, compte tenu de l’absence de complexité de cette cause.
Jusqu’ici, les contribuables ont probablement dépensé des dizaines de milliers de dollars en frais juridiques pour rémunérer deux juges, des greffiers, les sténodactylos qui transcrivent tout ce qui se dit au tribunal et des gardes de sécurité qui y assurent l’ordre.
Mais ce n’est pas assez; on peut toujours extraire quelques gouttes de plus d’un citron pressé.
Plutôt de que payer les 449,55$ que mérite amplement la plaignante, voilà que les avocats du ministère ont décidé de porter en appel cette deuxième condamnation sous le prétexte que la deuxième juge a osé refuser leur demande frivole de reporter la cause.
Comme s’ils ignoraient que les tribunaux sont déjà engorgés.
À quand des tribunaux populaires présidés par des citoyens élus, des tribunaux qui auraient le pouvoir de régler des conflits mineurs et imposer des petites amendes ?
En 2018, j’avais loué un appartement en banlieue d’Helsinki à l’occasion d’un voyage de dix-huit jours dans la capitale finlandaise. À mon arrivée, une des premières choses que j’y ai faites fut d’aller acheter des vivres.
À la plus grande des deux épiceries où je suis rendu, quelle ne fut pas ma surprise d’y voir une femme ouvrant d’une main une porte vitrée donnant sur des aliments congelés et tenant dans l’autre bras un bébé qu’elle allaitait.
Le sein était bien visible, sauf le mamelon caché par la tête du nourrisson.
La chose était tellement naturelle que la mère ne semblait pas se soucier qu’on puisse la voir.
Le 9 mars 2023 — soit le lendemain de la Journée internationale des femmes — une mère qui allaitait son bébé dans la salle d’audience d’une Cour de Melbourne (la capitale de l’État de Victoria, en Australie) a été priée par le juge de quitter les lieux.
Textuellement, le magistrat s’est exprimé ainsi :
“ Madame, vous ne serez pas autorisée à allaiter un bébé en Cour. Je suis désolé. Je vous demanderais de quitter [la salle]. Ce serait une distraction pour les jurés.”
À la suite de cet incident, le porte-parole de la ministre de la Justice de l’État de Victoria a déclaré qu’aucune mère ne devrait avoir honte d’allaiter publiquement son nourrisson.
De son côté, la ministre de la Famille, Igritt Sitt, s’est dite surprise et déçue qu’une telle chose puisse se produire en 2023 :
“ Le message important que nous voulons adresser aux mères de cet État est que nous les appuyons et défendrons leur droit de prendre soin de leur famille. Et si cela signifie allaiter son enfant à l’intérieur d’un édifice public, c’est une chose que nous allons non seulement tolérer, mais même encourager.”
Le plus violent tremblement de terre enregistré jusqu’ici est celui survenu au Chili au XXe siècle, plus précisément le 22 mai 1960.
D’une magnitude de 9,5 sur l’échelle de Richter, ce séisme et le tsunami qui l’a accompagné ont tué entre trois et six-mille personnes et causé deux millions de sans-abris, principalement au Chili.
Mais qu’en est-il depuis le début du présent siècle ?
Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis, le séisme d’une magnitude de 7,8 qui a dévasté la Turquie et la Syrie le 14 février dernier est le cinquième en importance parmi ceux survenus depuis le début du siècle. Il a fait entre quarante et soixante-dix mille morts.
Au premier rang du palmarès des pires séismes du XXIe siècle figure celui survenu à Haïti le 12 janvier 2010. D’une magnitude de 7, il a tué plus de 300 000 personnes et fait 1,5 million de sans-abris.
Au deuxième rang se trouve celui du 26 décembre 2004 au large de Sumatra. D’une violence extrême (9,1 à l’échelle de Richter), il a causé un tsunami dont les vagues de trente mètres de haut ont balayé les côtes de plusieurs pays du Sud-est asiatique, causant 230 000 morts, dont 170 000 en Indonésie.
Au troisième rang, on trouve celui survenu le 12 mai 2008 dans la province du Sichuan, située dans le sud-ouest de la Chine. D’une magnitude de 7,9, il a causé 87 000 morts et 4,45 millions de blessés.
Au Cachemire, le 8 octobre 2005, un séisme d’une magnitude de 7,6 a fait plus de 75 000 morts et jeté à la rue 3,5 millions de personnes.
Le 14 octobre 2020, peu après 16h30, une ainée de 82 ans effectuait sa promenade quotidienne quand elle fut heurtée mortellement par une voiture qui roulait à environ 80 km/h sur le trottoir.
L’accident est survenu dans l’arrondissement de Saint-Léonard, plus précisément dans une zone de 30 km/h en raison de la proximité d’une école primaire.
La voiture a d’abord frôlé deux piétons, puis est montée sur le trottoir pour ensuite percuter la victime et finalement s’écraser contre un arbre.
Même si son véhicule est une perte totale, le chauffard n’a pas été blessé en raison de sa ceinture de sécurité et de son sac gonflable.
Défendu par l’aide juridique, le chauffard a été accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort.
L’accusé travaillait cinquante heures par semaine. L’accident est survenu après une journée de douze heures commencée à 4h du matin.
Après l’accident, l’accusé s’est endormi sur le siège arrière de la voiture de police qui le conduisait au poste pour interrogation.
Lors de son témoignage, l’accusé a affirmé n’avoir conservé aucun souvenir des instants qui ont précédé la collision.
À l’issue récente du procès, la juge Dominique-B. Joly de la Cour du Québec a estimé qu’elle était en présence d’un cas de perte momentanée de contrôle inexpliquée. Du coup, elle a déclaré l’accusé non coupable.
La clé de l’énigme
L’explication de cette perte de contrôle se trouve dans le témoignage des policiers; l’accusé s’est endormi sur le siège arrière de leur autopatrouille.
Même si l’accusé a témoigné sous serment qu’il n’était pas fatigué du tout pendant qu’il conduisait, on doit se poser la question suivante : comment un assisté social (puisqu’il avait droit à l’aide juridique) peut-il s’endormir après avoir subi la perte totale de sa voiture et après avoir tué quelqu’un ?
La réponse est simple; parce qu’il était épuisé. Et parce qu’épuisé, il s’est endormi au volant.
La médiocrité des juges libéraux
L’avocate Dominique-B. Joly a accédé à la magistrature en 2005 alors qu’elle fut nommée juge à la Cour municipale de la ville de Montréal par le gouvernement libéral de Jean Charest.
À l’époque, selon la Commission Bastarache, le critère premier pour être nommé juge, ce n’était pas la compétence; c’était d’avoir contribué à la caisse du Parti libéral du Québec.
En 2014, elle fut promue à la Chambre criminelle et pénale de la Cour du Québec par le gouvernement libéral de Philippe Couillard.
En huit ans à la Chambre criminelle, on peut présumer qu’elle a déjà entendu des témoins se parjurer.
Pourtant, lorsqu’un accusé affirme sous serment qu’il n’était pas du tout fatigué après son quart de travail, la magistrate le croit dur comme fer.
Ce serait donc les yeux grands ouverts que le chauffard aurait passé proche de tuer deux piétons, aurait dévié sa course sur le trottoir pour y heurter mortellement sa victime et se précipiter sur un arbre.
Tout s’est passé tellement rapidement, écrit la juge Joly, qu’il n’est pas étonnant que l’accusé ait peu de souvenirs des évènements.
Parions que si, au cours du procès, le policier qui assurait la sécurité des lieux avait soudainement dégainé son arme et tiré en direction de la juge Joly, celle-ci conserverait de ce bref moment un souvenir indélébile…
Meurtre ou conduite dangereuse ?
Selon le Code criminel, on ne peut condamner un accusé pour meurtre que s’il n’existe aucun doute quant à sa culpabilité. Et dans le cas précis d’une accusation de meurtre au premier degré, on doit prouver la préméditation et l’intention coupable.
Dans l’accusation de conduite dangereuse ayant causé la mort, il faut, hors de tout doute raisonnable, prouver seulement deux choses. Premièrement, que la conduite était dangereuse; or rouler en voiture à 80 km/h sur un trottoir est clairement une conduite dangereuse. Et deuxièmement, que cette conduite dangereuse ait causé la mort de quelqu’un; or l’ainée est réellement morte d’avoir été happée par le véhicule conduit par l’accusé.
Prouver l’intention coupable n’est pas nécessaire. Pourtant, dans son jugement, la juge Dominique-B. Joly écrit :
« Il n’y a aucune preuve démontrant la moindre intention délibérée de créer un danger pour les autres usagers de la route. Il y a perte momentanée de contrôle inexpliquée. Tout ce qui a précédé semble toutefois s’inscrire dans le comportement usuel de tout conducteur automobile.»
Il n’est pas exclu de penser qu’en plus de la personne happée, cet accident de la route ait fait une deuxième victime; le conducteur lui-même, exploité par un employeur qui l’oblige à travailler indument, et dont le véhicule est une voiture de fonction.
Serait-ce par pitié que la juge Dominique-B. Joly a innocenté l’accusé ?
On en trouve peut-être des indices dans le texte de la magistrate, un document dont je n’ai pu obtenir de copie malgré mes très nombreuses démarches.
En dépit de cela, instaurer une jurisprudence selon laquelle tout automobiliste peut tuer un piéton du moment qu’il ne le fait pas par exprès est une connerie.
Les conséquences
Le 24 octobre 2021 dans un village de trois-mille habitants situé à 50 km à l’est de Montréal, un adolescent de 15 ans roulant en scooter était tué par le conducteur d’un véhicule utilitaire qui avait dévié de sa route.
La preuve recueillie par les policiers démontrait que le chauffard était en train d’utiliser son téléphone avant et pendant l’impact mortel. Ce que le conducteur a lui-même reconnu aux policiers lorsque ces derniers sont arrivés sur les lieux.
Le 13 février dernier — soit deux semaines après le jugement dans l’affaire Tigana Mbidi Kiata — l’avocat de la Direction des poursuites criminelles et pénales (la DPCP) annonçait sa décision d’abandonner ses accusations dans ce cas-ci.
Pour expliquer cette décision, la porte-parole de la DPCP a déclaré : « À la suite d’une analyse complète du dossier d’enquête, la DPCP a conclu qu’aucune accusation ne pouvait être portée relativement à cet évènement tragique, n’ayant pas la conviction d’une perspective raisonnable de condamnation.»
En d’autres mots, puisque la jurisprudence établie récemment par la juge Dominique-B. Joly exige qu’on prouve hors de tout doute raisonnable l’intention coupable d’un chauffard lorsqu’il happe mortellement un piéton, un cycliste ou un motocycliste, nous abandonnons la cause puisque nous n’avons pas la preuve qu’il l’a fait par exprès.
La plainte privée
Lorsque la DPCP refuse de porter plainte, les citoyens peuvent recourir à un processus rarement utilisé, soit la plainte privée.
Michel Gauvin est le père de Caroline, grièvement blessée dans un accident d’auto impliquant des tracteurs de déneigement en 2013.
Après que la DPCP eut refusé de poursuive les responsables de l’accident, M. Gauvin a décidé de donner une seconde chance au système judiciaire en déposant une plainte privée.
Mais devant les tribunaux criminels, seule la DPCP est habilitée à porter plainte. Mais si la DPCP avait remporté cette cause privée, elle aurait démontré sa faute à intenter d’elle-même les poursuites contre les coupables.
Après une préenquête bâclée, la DPCP a ordonné un arrêt de procédure pour insuffisance de preuve. Or il ne peut y avoir de procès sans plaignant. On peut avoir tous les témoins qu’on veut, pas de plaignant, pas de procès.
Au lieu d’acquiescer sommairement à la demande de la DPCP, le juge a néanmoins décidé de justifier une décision qu’il rendait à contrecœur.
Inconduite flagrante, partialité évidente, conduite répréhensible. Voilà les mots utilisés par le magistrat pour blâmer la DPCP d’avoir commis un abus de procédure en nuisant à un père de famille en quête de justice pour sa fille.
Les tribunaux civils
Lorsque les tribunaux criminels refusent de jouer leur rôle, les conjoints et les enfants endeuillés peuvent se tourner vers les tribunaux civils afin d’obtenir justice.
Se pose alors le problème de l’accessibilité économique au système judiciaire.
Dans une cause criminelle, c’est l’État (par le biais de la DPCP) qui se charge de punir les conducteurs fautifs d’avoir causé la mort d’un autre utilisateur de la voie publique.
Toutefois, dans une cause civile, les proches de la victime, en plus d’assumer leur deuil, doivent se choisir un avocat et entreprendre à leurs frais de longues et couteuses démarches juridiques en vue d’obtenir réparation. Ce qui peut prendre des années.
Dans les faits, les personnes aisées sont les seules qui peuvent se permettre le luxe d’entreprendre de telles procédures.
Pour l’assisté social, le travailleur à faible revenu et même le travailleur moyen — bref, pour la grande majorité de la population — la seule voie qui reste, c’est de se faire justice soi-même.
Quand l’État refuse d’assumer ses responsabilités, les citoyens doivent se tourner vers le privé. Or dans une cause criminelle, le privé, c’est le briquet et l’essence.
Se sortir de la faillite de l’État canadien
L’ordre professionnel des avocats du Québec (appelé le Barreau) déposait en 2018 une requête (financée en sous-main par Ottawa) qui était destinée à faire invalider toutes les lois du Québec. Cette entreprise insensée fut arrêtée par un vote obtenu de justesse lors d’une assemblée générale spéciale des membres du Barreau.
D’autre part, plus récemment, Julie Rondeau, juge en chef de la Cour du Québec, a ordonné une grève du zèle de tous les magistrats sous son autorité en leur demandant de ne siéger qu’un jour sur deux alors qu’en Ontario et en Colombie-Britannique, les juges en Chambre criminelle consacrent deux fois et demie plus de temps à entendre les causes qui leur sont soumises.
En favorisant une thrombose judiciaire, la juge Rondeau veut forcer le ministre de la Justice du Québec à instaurer une discrimination à l’embauche contre tous les avocats québécois qui ne sont pas parfaitement bilingues alors qu’un avocat unilingue anglais peut librement accéder à la magistrature au Canada anglais.
Bref, la profession juridique est minée de l’intérieur par un cancer que sont tous ces juges incompétents nommés par le fédéral ou par le Parti libéral du Québec.
Le seul moyen de s’en débarrasser est de faire table rase de cette monarchie constitutionnelle sclérosée qu’est le Canada et de repartir à neuf en créant un nouveau pays, digne du XXIe siècle, où le système judiciaire sera au service du peuple.
Ceci étant dit, nous remercions M. Charest pour son aimable collaboration.
Référence : Décision de l’honorable Dominique-B. Joly
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