Ordinateur, informatique et digital

6 mai 2019


 
De ces trois mots, il en existe un qui n’a pas de rapport aux deux autres. Pouvez-vous deviner lequel ?

Ordinateur

Au début de l’histoire de l’informatique, les ordinateurs n’étaient que de puissantes machines à calcul. On les appelait justement computer en anglais et calculateur en français.

Dans la mentalité légèrement machiste de l’époque, les comptables des petites entreprises effectuaient leurs calculs sur les calculatrices de bureau. Mais lorsqu’on voulait effectuer des calculs complexes sur des machines puissantes, il fallait évidemment quelque chose de plus masculin, d’où le mot calculateur

En 1955, François Girard n’est pas satisfait. Responsable de la publicité chez IBM France, il anticipe le potentiel des machines IBM au-delà de leur utilité mathématique.

Afin de trouver un nom plus approprié, il s’adresse à son ancien professeur de lettres à la Sorbonne, Jacques Perret. Ce dernier est également philosophe et spécialiste du latin.

Il prendra un vieux mot, ordinateur, et proposera de lui donner un sens nouveau.

Du latin ordinator (celui qui commande, qui donne des ordres), ordinateur apparait en français à la fin du XVe siècle dans le sens de celui qui organise, qui met en ordre.

Le mot sera si peu utilisé qu’on ne se donnera même pas la peine d’en parler dans le dictionnaire de l’Académie française de 1935.

La suggestion du professeur Perret sera adoptée d’autant plus facilement que le directeur d’IBM France est également un de ses anciens élèves.

La compagnie tentera de faire breveter le nom afin de distinguer ses produits de ceux de ses concurrents. Sans succès puisqu’on démontra que le mot existait déjà en français depuis longtemps.

Le géant informatique se résolut à le promouvoir en tant que nom commun.

Informatique

Créé par la fusion d’information et d’automatique, le mot informatique est né en France sept ans après ordinateur. L’Académie française l’adoptera dès 1967.

On doit ce mot à la compagnie BULL qui, à l’époque, était le grand concurrent d’IBM.

Si ordinateur (et ses déclinaisons) n’a pas été tellement plus loin que la France et l’Espagne, le succès d’informatique a été mondial.

Digital

En français, l’adjectif digital qualifie ce qui est relatif aux doigts. Exemple : nos empreintes digitales.

En anglais, ‘digital’ se rapporte aux chiffres, appelés ‘digits’. En réalité, il y a deux mots en anglais pour parler d’un chiffre : ‘digit’ et ‘numeral’.

C’est ainsi que le nombre 127 est un ‘numeral’ composé des ‘digits’ 1, 2 et 7. Alors que 2 est un ‘numeral’ composé d’un ‘digit’, ‘two’ (écrit au long) est un ‘numeral’ composé des lettres ‘t’, ‘w’ et ‘o’, mais d’aucun ‘digit’.

Conclusion

Des trois mots du titre, ‘digital’ est le seul qui n’ait pas de rapport aux deux autres. En informatique et en électronique, l’adjectif ‘digital’ est un anglicisme qui doit être remplacé par numérique.

Références :
Jacques Perret (philologue)
Numbers, Numeral and Digits

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe, Informatique, Langue française | Mots-clés : , , , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


L’épreuve de philo en France

4 mai 2019

Dans presque tous les pays du monde, seuls les étudiants en philosophie passent un examen à ce sujet.

Mais en France, chaque année, plus d’un demi-million de jeunes Français passent un examen écrit et oral communément appelé épreuve de philo dont la réussite est nécessaire à l’obtention de leur baccalauréat.

Cette épreuve a été instaurée par Napoléon Bonaparte.

Parmi l’ensemble des examens à passer, celui de philo est celui qui ouvre le bal depuis 1970. Pour beaucoup, c’est le plus redoutable.

En France, selon le type de baccalauréat, les questions varient. L’étudiant doit choisir deux des trois sujets de dissertation proposés.

En 2018, voici les sujets à traiter.

Baccalauréat – Littérature :
• La culture nous rend-elle plus humain ?
• Peut-on renoncer à la vérité ?
• Expliquer le texte suivant (une longue citation fournie d’Arthur Schopenhauer).

Baccalauréat – Économique et social :
• Toute vérité est-elle définitive ?
• Peut-on être insensible à l’art ?
• Expliquer le texte suivant (une longue citation fournie d’Émile Durkheim).

Baccalauréat – Scientifique :
• Le désir est-il la marque de notre imperfection ?
• Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?
• Expliquer le texte suivant (une longue citation fournie de John Stuart Mill).

Baccalauréat – Technologique :
• L’expérience peut-elle être trompeuse ?
• Peut-on maitriser le développement technique ?
• Expliquer le texte suivant (une longue citation fournie de Montesquieu).

Selon l’ancien ministre de l’Éducation Luc Ferry, exprimer ses opinions ne suffit pas.

Le but de l’exercice est d’aider à former des citoyens doués d’esprit critique. L’étudiant doit s’inspirer de l’opinion publique dans le but d’y trouver des points de vue qui ne sont pas les siens et de les analyser.

Toutefois, il doit s’élever au-delà des banalités et s’interroger sur le sens profond des choses.

Aussi terrifiante qu’elle soit, l’épreuve de philo est néanmoins l’antidote parfait à la paresse intellectuelle qui s’installe à la fréquentation des médias sociaux. Des médias où seuls les slogans, les banalités et les opinions privés de ce qui les justifie peuvent s’exprimer brièvement.

Références :
Bac : pourquoi la philo ouvre le bal des épreuves ?
Bac 2013 : le corrigé des épreuves de philo de Luc Ferry
Bac 2018 : les sujets complets de philosophie
Le Bac philo

Laissez un commentaire »

| Philosophie | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Pourquoi dit-on que le cinéma est le 7e Art ?

3 mai 2019
Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Entre 1818 et 1829, le philosophe allemand Georg-Wilhelm-Friedrich Hegel fait paraitre une série de cours qui, regroupés après sa mort, seront connus sous le titre d’Esthétique ou philosophie de l’art.

Dans cet ouvrage, le philosophe estime qu’il existe cinq domaines artistiques : l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique et la poésie.

En 1911, l’écrivain italien Ricciotto Canudo ajoute le cinéma au dernier rang (le sixième). Mais ce dernier deviendra le septième lorsqu’en 1923, Canudo insère la danse à sa liste.

Alors que le théâtre attend toujours son entrée au panthéon des arts, sa petite sœur télévisuelle a été placée depuis au huitième rang.

Et quand la bande dessinée s’est fait connaitre comme le neuvième art, le théâtre a crié à l’injustice. Imaginez : le poète et le dessinateur font de l’art, mais pas le dramaturge. Dans quel monde vivons-nous ?

Je suis sûr qu’une telle injustice serait matière à un drame théâtral… ou à un roman, puisque la littérature elle aussi ne fait toujours pas partie de la liste.

Références :
Esthétique ou philosophie de l’art
Ricciotto Canudo

Détails techniques : Panasonic GH1, objectif M.Zuiko 12mm f/2,0 — 1/4 sec. — F/2,0 — ISO 400 — 12 mm

3 commentaires

| Cinéma, Culture | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Au sujet du Mali

3 mai 2019


 
Le quotidien Le Devoir publie ce matin un plaidoyer en faveur du maintien d’une présence militaire canadienne au Mali.

Ce plaidoyer est écrit par Louis de Lorimier. Encore récemment, celui-ci occupait le poste d’ambassadeur canadien au Mali.

L’auteur souligne l’importance de sécuriser cette région du monde où sévissent des groupes terroristes. Il implore le gouvernement canadien de revenir sur sa décision d’interrompre après un an sa participation à la mission des Casques bleus de l’ONU au Nord-Mali.

On trouvera ci-dessous le commentaire que j’ai publié en réponse au texte de M. de Lorimier.


Le mirage d’un ex-ambassadeur
 
Les problèmes sécuritaires du Mali tirent leur origine du renversement en Libye de Kadhafi par l’OTAN.

À cette occasion, la Grande-Bretagne et la France, au nom de l’OTAN, ont déversé des millions de dollars d’armes qui, une fois Kadhafi assassiné, se sont dispersés dans la nature au fur et à mesure que les mercenaires-amis sont rentrés dans leurs pays respectifs.

C’est ainsi que des tribus nomades, armées lourdement par l’OTAN, ont vendu leurs armes aux plus offrants, dont des milices islamistes du Mali.

Permettez-moi, monsieur l’ex-ambassadeur, de vous poser deux questions.

En tant que membre de l’OTAN, le Canada a-t-il vu plus loin que le bout de son nez en votant en faveur du renversement par les armes du dictateur libyen ?

D’où vient cette manie de nous faire croire que nous avons le devoir de réparer les pots cassés par nos alliés ?

La guerre est couteuse. Le meilleur moyen d’inciter des pays producteurs de pétrole — la Libye en faisait partie — à produire au maximum, c’est d’y foutre le bordel.

Les guerres provoquées par les pays producteurs d’armements visent à maintenir bas le prix des hydrocarbures.

Et ce prix bas, c’est ce qui fait perdurer des habitudes de consommation qui sont en train de détruire la planète.

Je ne vous cacherai pas que je suis de plus en plus ulcéré de lire des plaidoyers en faveur des ‘missions’ canadiennes à l’étranger au cours desquels le Canada n’est que le complice des guerres prédatrices de l’Occident.

Laissez un commentaire »

| Géopolitique, Politique internationale | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La naissance de la poubelle

2 mai 2019

Introduction

Avant la Révolution, la ville de Paris était dirigée par le prévôt des marchands. Le premier maire de Paris fut élu en 1789.

Face à une capitale si prompte à se révolter, le poste est aboli en 1800 par Bonaparte. Celui-ci remplace la fonction par deux préfets qu’il nomme; le préfet de la Seine (le département dans lequel se trouvait Paris) et le préfet de police.

Si on exclut deux brefs retours de la fonction en 1848 et en 1870-1871, les Parisiens n’ont le droit de choisir leur maire que depuis 1977.

Le plus célèbre des préfets parisiens fut le baron Haussmann.

De 1853 à 1870, celui-ci transforma radicalement Paris, faisant disparaitre ses ruelles médiévales et perçant la ville de larges voies de circulation.

Du baron Haussmann à Eugène Poubelle, huit préfets occupèrent la fonction brièvement, dont Louis Oustry (un avocat qui fut trouvé abandonné le jour de sa naissance).

Eugène Poubelle

À Louis Oustry succéda Eugène-René Poubelle, préfet de 1883 à 1896.

Pendant des siècles, les Parisiens jetaient leurs déchets sur la voie publique ou dans les fossés. Tout au plus, depuis 1799, devait-on balayer quotidiennement devant son logis.

Afin de lutter contre l’amoncèlement des déchets dans les rues de Paris, Eugène Poubelle oblige dès 1884 les propriétaires d’immeubles à fournir à leurs locataires des bacs communs pour la collecte des déchets ménagers.

Biodégradables, ces bacs étaient en bois garni de fer blanc à l’intérieur.

De plus, ces bacs devaient être munis d’un couvercle et posséder une capacité maximale de 120 litres (afin de ne pas être trop lourds pour les éboueurs).

L’arrêté prévoyait également le tri des déchets. Trois bacs étaient obligatoires; une pour les matières putrescibles, une pour les papiers et les chiffons, et une dernière pour le verre, la faïence et les coquilles d’huitres.

Les Parisiens prirent rapidement l’habitude de désigner les réceptacles à ordures du nom du préfet Poubelle. C’était des ‘boites Poubelle’, puis simplement des ‘poubelles’ (avec un ‘p’ minuscule).

Le mot apparait en 1890 dans le Dictionnaire Universel du XIXe siècle.

Il faudra attendre près d’un siècle entre l’invention de la poubelle et la création d’usines de recyclage des déchets (qu’anticipaient les poubelles du préfet).

En 1892, une épidémie de choléra se déclare pour la dernière fois à Paris. Le préfet Poubelle prend alors les grands moyens.

Après consultation auprès des experts, il décrète en 1894 que tous les propriétaires devront raccorder leurs immeubles au réseau d’égouts de la ville et payer les frais liés à la collecte des eaux usées.

On a peine à croire que le mot ‘poubelle’, si commun de nos jours, soit né aussi récemment qu’en 1884.

Références :
Eugène Poubelle
Liste des préfets de la Seine
Monsieur Poubelle
Poubelle
Préfet de Paris

2 commentaires

| Grammaire et orthographe, Histoire, Langue française | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Le monde étrange des gentilés

2 mai 2019

On appelle gentilé le nom désignant les habitants d’un lieu donné. La dernière syllabe du mot se prononce comme dans ‘ventilé’ et non comme ‘sautillé’ (qui prend deux ‘l’).

En 2013, les habitants de trois départements français se sont choisi un gentilé :
• à Ille-et-Vilaine, les citoyens sont devenus des Brétilliens. Ce gentilé étrange a été forgé à partir de Bretons et du nom de la rivière Ille. On aura compris qu’on voulait éviter à tout prix de s’appeler un ‘Illévilain’.
• au Loiret, c’était plus simple; on est devenu Loirétain.
• à la Somme, le département est maintenant peuplé de Samariens (avec deux ‘a’).

Puisque l’usage crée les gentilés (sauf pour les pays), il arrive qu’une ville ait deux gentilés. C’est le cas de Lisbonne. Selon les auteurs, on parlera des ‘Lisbonnins’ ou des ‘Lisboètes’.

S’il est facile de deviner que les Montréalais habitent Montréal, il est plus difficile d’imaginer le nom des habitants d’Ottawa. Eh bien ce sont des Ottaviens, tout simplement. Certains disent aussi ‘Outaouais’ mais le mot peut également désigner un peuple autochtone qui habitait les rives de la rivière Outaouais.

Dans la province de l’Ile-du-Prince-Édouard, on s’inclinera respectueusement devant les Prince-Édouardiens.

À Vancouver vivent les Vancouvérois. Ils habitent la province de Colombie-Britannique et sont donc des Britannocolombiens. Parmi ces derniers, s’ils sont francophones, ce sont des Franco-Colombiens.

Dans les villes de Winnipeg et de Miramichi, on utilise également le suffixe d’ois; ce sont respectivement des Winnipégois et des Miramichois.

À Halifax, on rencontre des Haligoniens. Qui l’eut deviné ?

Au Québec, voyons quelques cas particuliers :
• Acton Vale : Valois
• Alma : Almatois
• Bois-Francs : Sylvifranc (au féminin : Sylvifranche)
• Charlevoix : Charlevoisien
• Châteauguay : Châteauguois (avec un deuxième ‘u’ redondant)
• Côte-du-Sud : Sudcôtois
• Côte-Nord : Nord-Côtier
• Granby : Granbyen
• Iles-de-la-Madeleine : Madelinot
• Ile-Perrot : Perrotois
• Lac-Saint-Jean : Jeannois
• Montmorency : Montmorencéen
• Notre-Dame-des-Pariries : Prairiquois
• Pontiac : Pontissois
• Repentigny : Repentignois
• Rivière-du-Loup : Loupérivois
• Saguenay-Lac-Saint-Jean : Saguenay-Jeannois (ou Bleuet)
• Salaberry-de-Valleyfield : Campivalensien
• Suroit : Suroisien
• Trois-Rivières : Trifluvien

Dans le cas des lieux auxquels un nom de saint a été attribué, le préfixe ‘saint’ n’est presque jamais retenu :
• Sainte-Apoline-de-Patton : Apollinois
• Saint-Basile-le-Grand : Grandbasilois
• Saint-Bruno-de-Montarville : Montarvillois
• Saint-Charles-Borromée : Charlois
• Saint-Éphrem-d’Upton : Uptonais
• Sainte-Germaine-Boulé : Germainien
• Sant-Hyacinthe : Maskoutain
• Saint-Jérôme : Jérômien
• Saint-Joachim-de Shefford : Joachimien
• Sainte-Julie : Julievillois
• Saint-Paul : Paulois

Références :
Gentilés du Canada
Les habitants de votre département ont-ils un nom ?
Liste de gentilés

Laissez un commentaire »

| Grammaire et orthographe, Langue française | Mots-clés : | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Histoire du restaurant en France

1 mai 2019
Bouillon Chartier, à Paris

Au départ, ‘restaurant’ n’était que participe présent du verbe restaurer.

Puis, au Moyen-Âge, on prit l’habitude d’appeler ‘restaurant’ tout bouillon — composé de viande, mais aussi, selon la recette, de racines, d’ognons, d’herbes aromatiques, d’épices, de sucre, de pain, de raisins et de pétales de rose — ayant la propriété de donner des forces et ainsi restaurer la vigueur de la personne concernée.

C’est ainsi que Marguerite de Navarre, épouse d’Henri IV, écrivait : « L’on ne m’a fait manger que restaurants et les meilleures viandes que je mangeai jamais…»

Dans l’Histoire de Jenni, Voltaire écrit : « Le père tout tremblant le fait reposer; on lui fait prendre des restaurants…»

Avant 1765, il y avait en France quatre grands types de commerçants qui fournissent de la nourriture et des boissons à leur clientèle :
• les taverniers (qui ne servent que du vin),
• les cabaretiers (qui servent du vin et des viandes),
• les aubergistes (qui ne proposent qu’un seul plat à heure fixe) et
• les traiteurs (les seuls autorisés à vendre des sauces et ragouts).

En 1765, on ouvrit à Paris un établissement servant des bouillons restaurants. On y vendait aussi des volailles bouillies au gros sel et des œufs frais. Ce fut le premier restaurant au sens moderne du terme.

Lorsque la Révolution française éclate, presque tous les cuisiniers sont à l’emploi de particuliers (nobles et riches commerçants).

En raison de la fuite à l’Étranger ou de la décapitation d’une partie de la noblesse, des cuisiniers sans emploi ont alors l’idée d’ouvrir des établissements afin de nourrir les députés de province venus prendre part aux séances de l’Assemblée nationale.

En 1789, il y a une centaine de petits restaurants à Paris.

En 1793, Antoine Beauvilliers (un des derniers cuisiniers de la cour de Louis XVI) ouvre à Paris le premier restaurant de luxe, La Grande Taverne de Londres.

Au cours des deux décennies qui ont suivi la Révolution, le nombre de restaurants parisiens s’est multiplié par six.

Un autre vingt ans plus tard, on en comptait plus de trois-mille.

Au départ, les plats étaient servis à la française, c’est-à-dire tous en même temps.

De 1808 à 1812, le prince Alexandre Kourakine, ambassadeur russe à Paris, fait connaitre à la nouvelle aristocratie révolutionnaire le service à la russe en vertu duquel les plats sont servis les uns à la suite des autres.

Cette mode se répandra rapidement dans les restaurants.

En 2018, on comptait plus de 780 000 restaurants en France. Ce qui en fait le pays avec le plus grand nombre de restaurants par mille habitants.

Références :
Histoire du restaurant en France
Pas bien dans leur assiette ?

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5, objectif M.Zuiko 12-40mm F/2,8 — 1/100 sec. — F/2,8 — ISO 200 — 17 mm

Laissez un commentaire »

| Histoire, Langue française | Mots-clés : , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Les sparadraps du ministre Pierre Fitzgibbon

30 avril 2019

Introduction

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation se heurte à un problème; il possède des investissements ‘collants’. Collants comme le sparadrap dont n’arrive pas à se débarrasser le capitaine Haddock dans Tintin.

Selon le Code d’éthique des membres de l’Assemblée nationale, tout député doit déclarer annuellement la liste de ses placements.

En plus, dans le cas d’un ministre, celui-ci doit se départir de ses investissements privés. Il a un délai de soixante jours après sa nomination pour ce faire.

‘Se départir’ signifie vendre ses titres financiers ou les confier à une société de fiducie sans droit de regard.

Le ministre Pierre Fitzgibbon s’entête à refuser de confier ses actifs à une société de fiducie. Ce qui ne lui laisse qu’une seule alternative, soit la vente. Or trouver un acheteur pour de tels placements n’est pas facile et prend du temps.

Le placement en fiducie, une plaisanterie

La loi québécoise oblige l’entrepreneur-ministre à confier temporairement ses avoirs à une fiducie sans droit de regard.

À l’insu de l’intéressé, ces sociétés possèdent le pouvoir de vendre des actifs et d’en acheter d’autres.

Si bien qu’en quittant la politique, l’entrepreneur peut se retrouver avec un portefeuille de titres financiers complètement différent de celui confié au départ à la fiducie.

Pendant qu’il est ministre, pourquoi se servirait-il de son influence pour favoriser des entreprises dont il ignore s’il en est toujours le propriétaire ou l’actionnaire principal ?

Voilà donc comment on évite les conflits d’intérêts… en théorie.

Il en va autrement dans les faits. Prenons un exemple concret.

Le premier ministre canadien Paul Martin avait confié sa compagnie maritime à une société de fiducie sans droit de regard administrée par son fils.

Peut-on imaginer qu’une compagnie aussi importante que la Canada Steamship Lines puisse être vendue sans que la nouvelle ne se répande ?

Présumons de la discrétion absolue du fils, muet comme une carpe. Si fiston avait vendu ‘secrètement’ la compagnie de papa, Paul Martin l’aurait appris le lendemain en ouvrant la section financière de son quotidien.

Mais les compagnies ‘collantes’ de Pierre Fitzgibbon n’ont pas l’envergure d’une compagnie maritime. Ce sont de petites entreprises à capital de risque dont la vente de gré à gré passerait facilement sous le radar des analystes financiers.

Si le ministre de l’Économie est si réticent à les confier à une société de fiducie, c’est que la gestion des entreprises à capital de risque est beaucoup plus délicate.

Ces entreprises n’étant pas inscrites en bourse, la gestion de leurs titres nécessite un suivi différent du suivi habituel des gestionnaires de portefeuilles financiers.

Les risques du métier

Selon le premier ministre, «…quand on entreprend, on prend des risques (et) quand on prend des risques, parfois ça va bien, parfois ça va moins bien.»

En somme, les pertes financières font partie du métier d’investisseur. Or se lancer en politique comporte des imprévus, dont celui d’être élu.

La semaine dernière, le ministre n’a pas pu cacher sa contrariété face aux pressions qu’il subit de se conformer à la loi et de se séparer de l’or qu’il aime tant caresser.

Au sein du gouvernement caquiste, on s’interroge sur l’opportunité d’assouplir les règles plutôt que de risquer la démission de M. Fitzgibbon. Ce qui aurait pour effet de priver le Québec des talents incroyables de cet homme d’affaires.

Personne ne doute de sa compétence. Mais la terre tournait avant lui et elle continuera de tourner après.

On peut se rassurer en se souvenant du cas du ministre libéral des Finances, Carlos Leitão, sorti lui aussi de la cuisse de Jupiter.

Ce qui n’a pas empêché le bilan économique du gouvernement Couillard d’être désastreux, confondant gestion du budget de l’État et gestion de l’économie québécoise.

Conclusion

Contrairement au préjugé populaire, les gens d’affaires sont une plaie en politique.

Il est à noter que ce jugement sévère ne s’applique pas à François Legault puisque ce dernier fait son apprentissage des affaires de l’État depuis vingt ans.

Les gens d’affaires néophytes en politique ont la désagréable manie de vouloir transformer l’État en machine à sous face à laquelle les citoyens sont dépouillés de leur statut de propriétaires de l’État pour celui de simples bénéficiaires (toujours trop couteux) de services gouvernementaux.

Le pleurnichage du ministre a assez duré. Ses lamentations
au sujet des investissements qu’il risque de vendre à perte sont aussi ridicules que les gesticulations du capitaine Haddock pour se débarrasser de ses sparadraps.

Le ministre doit obéir à la loi. Et si cela veut dire perdre un peu d’argent, ce sont les risques du métier comme dirait le premier ministre. Pierre Fitzgibbon aurait dû y penser avant.

Références :
Délicat, faire le saut en politique
Éviter les conflits d’intérêts des membres de l’Assemblée nationale
L’Affaire Tournesol
Legault encense «le goût du risque»
Les regrets d’Henri-Paul Rousseau
Pour la déclaration obligatoire des investissements des élus dans les paradis fiscaux

Parus depuis :
Pierre Fitzgibbon blâmé par ses pairs (2020-11-12)
Fitzgibbon blâmé une deuxième fois par la commissaire à l’éthique (2020-12-08)

Post-Scriptum : Le 2 juin 2021, monsieur Pierre Fitzgibbon a finalement remis sa démission à titre de ministre de l’Économie afin de se conformer aux règles d’éthique de l’Assemblée nationale du Québec.

Laissez un commentaire »

| 2018-202X (années Legault), Politique québécoise | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


La technologie, talon d’Achille de la démocratie américaine

26 avril 2019

Un pays peut-il se présenter comme un modèle de démocratie lorsqu’une partie importante de ses citoyens exercent leur droit de vote sur des machines sujettes à l’erreur et aux bris mécaniques, vulnérables à la piraterie, et dont personne ne peut garantir le bon fonctionnement ?

C’est le cas des États-Unis.

Au début des années 2000, le vote à l’aide d’écrans tactiles a été testé dans un petit nombre d’États afin de réduire le cout des dépenses électorales.

À l’époque, l’informatique dématérialisée n’avait pas été créée. Le vote dit ‘électronique’ s’effectuait donc sur des machines à voter.

Brevetées, ces machines sont conçues et fabriquées par des entreprises privées. Le code source de leurs logiciels est secret.

Depuis 17 ans, les machines à voter se sont répandues dans douze États américains. Elles servent lors de référendums d’initiative citoyenne et lors des élections locales ou nationales.

Au cours des années, de nombreuses lacunes ont été corrigées. Toutefois, les machines de première génération, vendues depuis dix-sept ans, souffrent d’une conception déficiente :
• leur bon fonctionnement n’est validé par aucune firme de vérification indépendante,
• elles ne remettent aucun reçu ‘garantissant’ à l’électeur que son vote a été enregistré correctement à partir de l’écran tactile, et
• elles ne fournissent aucun de moyen de vérifier où elles en étaient rendues au moment d’une panne.

Est-ce mieux dans les États où les électeurs votent sur papier ?

Dans ces États, les résultats sont compilés sur des ordinateurs fonctionnant sous Windows™. Or des vérifications ont révélé que sur ces appareils, on n’a pas installé de mise à jour sécuritaire depuis des années.

Bref, l’infrastructure électorale des États-Unis souffre de lacunes sévères, peu importe la technologie utilisée.

Si Donald Trump avait perdu de justesse l’élection présidentielle de 2016, est-on certain qu’il aurait eu la noblesse de reconnaitre la victoire d’Hillary la malhonnête (‘crooked Hillary’), selon ses propres mots ?

Puisqu’il était impossible de recompter des dizaines de millions de votes effectués sur des écrans tactiles, qu’aurait-on fait si le multimillionnaire égocentrique avait plutôt refusé de reconnaitre le résultat du scrutin ?

Ce n’est pas la seule menace qui plane sur le système électoral américain.

Afin d’éviter que des puissances étrangères ne faussent le résultat d’un scrutin aux États-Unis, l’Académie nationale des Sciences américaine recommandait récemment que tous les électeurs votent sur des bulletins en papier destinés à être lus par des lecteurs optiques et compilés par des machines. Les bulletins eux-mêmes seraient conservés dans l’éventualité d’un recomptage. Quant à ces machines, l’Académie déconseille leur connexion directe à l’internet ou par le biais d’un réseau.

Évidemment, les fabricants des anciennes machines à voter proposent aujourd’hui de nouveaux modèles, de seconde génération, qui répondent parfaitement aux normes les plus sévères, disent-ils. Au premier coup d’œil, les nouveaux modèles semblent répondre aux exigences de l’Académie.

Sur certains d’entre eux, le vote se fait encore par le biais d’un écran tactile. Mais la machine remet à l’électeur une confirmation sur papier. L’électeur dépose ensuite la confirmation dans une urne qui sera rouverte en cas de contestation.

D’autres systèmes reposent sur l’utilisation de deux machines complémentaires. L’électeur vote d’abord sur l’écran tactile d’une machine qui ne fait qu’imprimer lisiblement son bulletin de vote. L’électeur présente ensuite ce bulletin imprimé à une deuxième machine qui numérise et enregistre son choix. Le bulletin est ensuite déposé dans une urne.

Dans un cas comme dans l’autre, certains indices laissent croire que beaucoup d’électeurs ne se donnent pas la peine de vérifier si la confirmation ou le bulletin imprimé est conforme à leur choix.

Dans le système à deux machines, le premier appareil ne fait pas qu’imprimer lisiblement le choix de l’électeur; il imprime également un code zébré qui — lui seul — sera lu par la deuxième machine. Or l’électeur n’a aucun moyen de savoir si ce code (incompréhensible) correspond à ce qu’il peut lire en clair sur son bulletin imprimé.

Des chercheurs universitaires se sont procuré des machines à voter afin de vérifier leur vulnérabilité à la piraterie. Leurs résultats ont provoqué la décertification des machines à voter de Virginie. Les fabricants de ces machines ont répliqué par des menaces de poursuite envers tous ceux qui s’opposent à leurs intérêts.

Alors que les autorités américaines tentent de renforcer la protection du système électoral contre des cyberpirates opérant de l’Étranger, on découvre une menace encore plus pernicieuse provenant de l’intérieur même des États-Unis.

Cette menace est reliée à l’opacité qui entoure la propriété des entreprises qui fabriquent et vendent les machines à voter. Ces entreprises sont souvent issues de montages financiers complexes.

En 2015, ByteGrid (le principal fournisseur de machines à voter au Maryland) a été acquis par une société ayant des liens d’affaires avec un oligarque russe.

Or il y a deux catégories d’oligarques russes : les amis de Vladimir Poutine, et ceux qui sont en prison…

C’est seulement trois ans après cette acquisition inquiétante que les responsables des élections au Maryland en ont été informés par le FBI. Depuis, la maison-mère russe s’est départie de ses intérêts dans ByteGrid.

D’autre part, les agences de renseignements américains ont découvert que parmi les entreprises ciblées par les douze agents russes expulsés l’an dernier des États-Unis, se trouvaient les éditeurs des logiciels qui font fonctionner les machines à voter.

Dans un cas précis, des pirates russes ont réussi à installer un logiciel malveillant sur le réseau d’un des fabricants de ces machines.

Pour réussir, une puissance hostile n’a pas besoin de prendre le contrôle du système électoral des États-Unis; il lui suffit de jeter le doute sur son bon fonctionnement.

Une fois le doute installé dans l’esprit des électeurs, on vient de saper la légitimité de la classe politique américaine…

Références :
America’s new voting machines bring new fears of election tampering
Securing the Vote: Protecting American Democracy
Russia is aiming to interfere in US midterm elections, warns CIA chief
‘They think they are above the law’: the firms that own America’s voting system
Why US elections remain ‘dangerously vulnerable’ to cyber-attacks

Laissez un commentaire »

| Politique internationale, Sécurité, Sécurité nationale | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


Papillons d’avril 2019

25 avril 2019
Porte-queue lowi femelle
Le Monarque
Lueur bleue (sur l’épaule de Francine)
Morpho bleu

Détails techniques : Olympus OM-D e-m5 mark II, objectif M.Zuiko 40-150mm F/2,8 + multiplicateur de focale M.Zuiko MC-14
1re photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 800 — 210 mm
2e  photo : 1/400 sec. — F/5,6 — ISO 200 — 170 mm
3e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 640 — 210 mm
4e  photo : 1/320 sec. — F/5,6 — ISO 800 — 210 mm


Pour consulter les textes de ce blogue consacrés aux papillons, veuillez cliquer sur ceci

Laissez un commentaire »

| Entomologie, Nature | Mots-clés : , , | Permalink
Écrit par Jean-Pierre Martel


%d blogueurs aiment cette page :