Avant-propos : Pour consulter la première partie de cette série, on cliquera sur ceci.
L’interdit de 1795
Pour des raisons sanitaires, la ville adopta en 1795 un règlement interdisant la présence de cimetières à l’intérieur des fortifications.
Jusque là, les cimetières intramuros de Montréal avaient servi de lieux de sépulture à plus de 21 000 personnes.
La création du cimetière Saint-Antoine
Afin de se soumettre à la règlementation municipale, la paroisse Notre-Dame acquiert en 1799 un terrain de 13 672 m² situé à l’ouest des fortifications.
Agrandi en 1807, 1823 et 1842, le site finit par comprendre (de nos jours) la totalité de la Place du Canada et une bonne partie du square Dorchester qui lui fait face, au nord.
Un petit terrain adjacent était même réservé pour les excommuniés. Officiellement, il ne faisait pas partie du cimetière proprement dit. C’est là qu’en 1839, on enterra onze des douze patriotes pendus à la prison du Pied-du-Courant.
Le nouveau cimetière catholique fut appelé cimetière Saint-Antoine (du nom du faubourg dans lequel il était situé). Une chapelle y fut érigée en 1806.
La translation des corps
En anglais, translation signifie ‘traduction’. En français, ce mot désigne l’action de transporter les restes humains d’un lieu à un autre.
Le règlement municipal de 1795 ne faisait pas qu’interdire toute nouvelle inhumation dans la ville fortifiée; il signifiait l’expulsion des corps qui s’y trouvaient déjà.
À cette époque, une dépouille était sacrée. Conséquemment, le transfert des dépouilles fut une opération délicate qui prit des années.
En 1821, on fit 54 voyages pour translater les corps des cimetières de Pointe-à-Callière et de l’ancienne église Notre-Dame. Au cours des années qui suivirent, on fit de même pour tous les autres cimetières situés à l’intérieur des fortifications.
De nos jours, il arrive que des excavations mettent à jour des squelettes ‘oubliés’ dans les anciens cimetières de la ville. L’absence d’inscription funéraire indiquant la présence d’un corps pourrait expliquer ces oublis.
Le cimetière Saint-Antoine accueillit donc, théoriquement, toutes les dépouilles catholiques de Montréal depuis la fondation de la ville.
De plus, entre 1799 et 1854, 55 000 nouvelles dépouilles s’ajoutèrent à la ‘collection’ du cimetière.
Un grand projet immobilier
Au début des années 1850, l’urbanisation de la ville avait fini par atteindre le cimetière Saint-Antoine. De plus, ce cimetière était presque plein.
En 1853, la paroisse acheta un immense terrain sur le mont Royal afin de donner naissance au cimetière Notre-Dame-des-Neiges (surnommé cimetière Côte-des-Neiges).
Mais plutôt que d’avoir à gérer deux cimetières catholiques, les administrateurs de la paroisse décidèrent de translater toutes les dépouilles dans le nouveau cimetière et transformer l’ancien cimetière Saint-Antoine en complexe résidentiel.
Cette fois, la translation n’était pas gratuite; seules les familles qui achetèrent un lot dans le nouveau cimetière bénéficièrent d’une translation en bonne et due forme.
Dans les autres cas, les corps furent déterrés au pic et à la pelle. Des charrettes furent remplies de tas d’os et de débris de cercueils. Le tout était enfoui pêlemêle dans une fosse commune au nouveau cimetière.
En avril 1869, cent-trente charrettes transporteront dix-mille dépouilles. Au total, entre 1855 et 1871, on procéda à la translation d’un nombre inconnu de corps.
Une fois ce travail brouillon accompli, les grands projets immobiliers de la paroisse pouvaient enfin se réaliser.
En novembre 1867, l’arpenteur Henri-Maurice Perrault soumettait à la paroisse le plan de la subdivision en lots de l’ancien cimetière.
Mais avant même qu’on ait eu le temps d’en vendre, un scandale éclate : la Sanitary Association of Montreal révèle que le cimetière contient les dépouilles des personnes décédées de l’épidémie de choléra de 1832.
Son message était clair : les enfants qui grandiront sur ces terrains pourraient accidentellement avaler de la terre contaminée et mourir de choléra.
Les autorités religieuses venaient à peine de terminer la lecture de l’article du journal que la rumeur publique s’était déjà répandue dans toute la ville.
La vente des lots fut donc immédiatement interrompue.
De cimetière en places publiques
La Sanitary Association réclamait que le cimetière soit transformé en parc urbain, une suggestion retenue par la ville.
En 1871, le terrain en friche de l’ancien cimetière n’avait plus de valeur marchande. La ville s’en porte acquéreur pour une somme modeste.
Au cours de l’aménagement du parc, on enleva les pierres tombales restantes et la multitude de croix de bois qui s’y trouvaient. Puis on nivela le terrain.
Selon certains témoignages de l’époque, il resterait encore les ossements de 40 000 à 45 000 personnes sous le square Dorchester et la Place du Canada.
Croix gravée au sol du square Dorchester
Rien n’indique leur présence, sinon quelques croix dépourvues de texte explicatif gravées au sol du square Dorchester.
Ainsi se clôt l’histoire des anciens cimetières de Montréal.
Depuis sa fondation, la ville de Montréal a annexé de nombreuses municipalités dans lesquelles se trouvaient des cimetières.
Le texte qui suit présente l’histoire des cimetières de la ville de Montréal, en ignorant ceux des autres municipalités de l’ile. De plus, le document passe sous silence les cryptes d’édifices religieux.
De 1643 à 1654
Dans la tradition chrétienne, on aménage les cimetières à proximité d’une église. Comme si la maison de Dieu protégeait les défunts.
En 1642, les premiers habitants de Montréal s’étaient établis sur une bande de terrain triangulaire qu’on appelle aujourd’hui la Pointe-à-Callière.
Celle-ci se trouvait à l’embouchure de la rivière Saint-Pierre (recouverte depuis 1832).
Dès 1643, on y trouvait une chapelle et, à l’extérieur de la palissade, un petit cimetière. De 1643 à 1654, c’est là qu’une trentaine de personnes furent ensevelies.
À l’époque, les corps étaient enterrés à faible profondeur, soit entre trente et cinquante centimètres de la surface.
Dans les décennies qui suivirent, la ville se développa au nord-est de la rivière Saint-Pierre. De 1718 à 1744, on la ceintura d’une muraille.
Plan de Montréal en 1758 (Cliquez sur la carte pour l’agrandir)
Sur la carte ci-dessus, le cimetière de Pointe-à-Callière est représenté par le ‘A’ rouge au sud-ouest de la ville fortifiée.
Sous l’effet du gel et du dégel, les basses terres annuellement inondées de la Pointe-à-Callière finirent par laisser émerger les ossements des premiers colons. On décida donc de choisir un nouveau lieu d’inhumation.
De 1654 à 1660
Les jardins de l’Hôtel-Dieu de Saint-Joseph (en B) prirent la relève de 1654 à 1660.
Construit depuis 1644, cet hôpital fut le premier en Amérique du Nord. Il était situé sur un site qui comprenait une chapelle, de même qu’un couvent hébergeant les sœurs hospitalières de Saint-Joseph.
Avant la construction de l’ancienne église Notre-Dame, la chapelle de l’Hôtel-Dieu était le seul lieu public de culte religieux.
De 1660 à 1682
De 1660 à 1680, la population de Montréal passa de 407 à 493 habitants.
Au cours de cette période, les inhumations se firent dans un cimetière (qualifié de grand à l’époque) situé vraisemblablement de part et d’autre de la rue Saint-Éloi (C1 et C2).
En raison d’une espérance de vie relativement courte, près de quatre-cents personnes y furent inhumées. Ce qui veut dire que Montréal comptait presque autant de dépouilles que de personnes vivantes.
Malheureusement, tout comme le cimetière de Pointe-à-Callière, le site était sujet à des inondations au printemps et à l’automne.
De 1682 à 1694
Les deux églises Notre-Dame, de Georges Delfosse (1830)
Peu avant l’achèvement de la première église paroissiale de Montréal — soit la première église Notre-Dame, construite de 1672 à 1683 — le terrain au sud de cette église en construction devint le cimetière de la ville (en D).
Il ne semble pas qu’on y ait transféré les corps ensevelis dans les trois premiers cimetières de Montréal; ceux-ci auraient perdu leur fonction sacrée, sans égard aux sépultures.
Le cimetière de l’ancienne église Notre-Dame fut utilisé de 1682 à 1694. Abandonné depuis longtemps, il fut détruit en 1824 pour faire place à la nouvelle basilique Notre-Dame.
De 1694 à 1799
À partir de 1694, les inhumations se feraient, selon certaines sources, près de l’intersection des rues Saint-Paul et Saint-Pierre (en E1)
Ce monopole durera un demi-siècle; en 1749, on créa également le cimetière des Pauvres (appelé aussi cimetière de la Poudrière). Les démunis, les enfants abandonnés, les esclaves noirs et les Amérindiens convertis y étaient inhumés.
D’une superficie d’environ trois-cents mètres carrés, ce dernier était situé près du coin nord-ouest des fortifications (en E2).
Construit sur la Pointe-à-Callière, l’Hôpital général de Montréal (appelé aussi hôpital des frères Charron) soignait les plus démunis de la société. Ceux qui y décédaient étaient ensevelis dans le minuscule cimetière de l’hôpital (en E3).
Dans les faubourgs, de 1776 à 1854
Au moment de la conquête anglaise, Montréal était essentiellement peuplée de Catholiques.
Mais bientôt, on dut créer des cimetières pour chacune des religions pratiquées par les Montréalais.
C’est ainsi que fut aménagé dans le faubourg Saint-Antoine, situé à l’ouest des fortifications, le premier cimetière juif en Amérique. Il se trouvait à l’intersection (de nos jours) des rues Peel et De La Gauchetière.
Le 22 octobre 1776, David Lazarus y fut la première personne enterrée.
Puis, de 1797 à 1854, dans le faubourg Saint-Laurent (au nord de la ville), le St. Lawrence Burial Ground desservait la communauté protestante de Montréal. Ce cimetière était situé là où se trouve aujourd’hui la Place Guy-Favreau.
De 1815 à 1854, dans le faubourg Québec (à l’est de la ville), le St. Mary’s Protestant Burial Ground était situé là où se trouve de nos jours l’entrée du pont Jacques-Cartier. Il était constitué de deux cimetières-jumeaux, l’un pour les civils, l’autre pour les militaires.
Prétendre que le Canada soit né en 1867, c’est chercher à faire oublier que l’histoire du Canada remonte à la Renaissance.
À cette époque, la Nouvelle-France comprenait trois parties : l’Acadie, le Canada et la Louisiane.
En gros, ce Canada originel correspondait à la vallée du Saint-Laurent.
Se développant vers l’ouest et vers l’est au cours des siècles, le Canada en est venu à s’étendre d’un océan à l’autre et correspondre au Canada d’aujourd’hui, définitif depuis l’annexion volontaire de Terre-Neuve en 1949.
Voilà donc comment s’explique l’expansion territoriale du Canada.
« Retournez-donc en France si vous n’êtes pas contents » m’a-t-on dit un jour en anglais alors que je critiquais le pays.
Ce à quoi j’ai répondu que mon ancêtre (Honoré Martel) est arrivé au Canada en 1665 et que mes racines dans ce coin-ci du monde sont plus profondes que n’importe quel Anglophone canadien à l’exception des Autochtones.
Mais si on coupe à la profondeur de 1867 les racines des Canadiens dont les ancêtres sont au pays depuis des siècles, on supprime toute légitimité particulière à la présence autochtone, française et celte (irlandaise) au Canada.
Le mythe de la naissance du pays en 1867 s’accompagne de la glorification des pères de la Confédération canadienne, au premier rang desquels John-A. Macdonald.
Depuis deux semaines, je n’en reviens pas d’entendre des bouffons prêcher la nécessité de dépenser un demi-million de dollars pour restaurer l’hommage montréalais rendu à ce tyran à la Place du Canada.
Les Autochtones d’ici sont des Canadiens. Lorsqu’ils prennent l’avion, leur passeport indique qu’ils sont de citoyenneté canadienne. C’est ce qu’Ottawa reconnait officiellement.
Conséquemment, John-A. Macdonald est le seul premier ministre qui ait travaillé à l’extermination de centaines de milliers de Canadiens.
Et on devrait lui élever un monument ? Mais pourquoi pas lui donner une médaille avec ça…
Voici ce qu’en dit plutôt l’historien Serge Bouchard :
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Une des nombreuses formes gouvernementales adoptées par le Canada au cours de son histoire fut le Dominion du Canada, créé en 1867 par une loi britannique.
Le tout premier de ses premiers ministres fut John-A. Macdonald. C’est principalement sous sa gouverne que s’est accomplie l’expansion territoriale du pays d’un océan à l’autre.
Voilà pourquoi on lui a longtemps voué un culte — à titre de ‘père’ de la Confédération — qui justifiait l’érection de monuments à son honneur d’un bout à l’autre du pays.
Père pour les uns, tyran pour les autres
Le ‘nouveau’ Canada qu’a édifié Macdonald est né du vol par Ottawa des territoires occupés par les Autochtones, le don des terres confisquées à des colons européens, le confinement des Autochtones dépossédés dans de vastes camps de concentration (régis par un apartheid juridique), et l’adoption de politiques génocidaires qui visaient leur extermination physique ou culturelle.
En 2013, le professeur James Daschuk de l’Université du Manitoba publiait la thèse universitaire intitulée ‘La destruction des Indiens des Plaines. Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone’.
Faisant aujourd’hui école, ce livre est un accablant réquisitoire qui accuse John-A. Macdonald d’avoir voulu exterminer par la famine les Amérindiens des Prairies.
Corriger les erreurs du passé
Les monuments ne racontent pas l’histoire; c’est le rôle des livres d’histoire.
Les monuments qui représentent quelqu’un lui rendent hommage. Or il est normal qu’un hommage injustifié soit remis en question. En pareil cas, détruire un monument, ce n’est pas détruire l’histoire; c’est retirer un hommage non mérité.
L’histoire, elle, est irrévocable.
Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, la statue montréalaise dédiée à Macdonald a été détruite il y a deux jours.
Les réactions
• Les touristes
Ce monument ne portait pas de plaque explicative. Seulement le nom ‘MACDONALD’.
Sa destruction attristera sans doute les nombreux touristes américains qui croyaient que les Canadiens honoraient ainsi la mémoire du fondateur d’une chaine de restauration rapide, persuadés que la trainée de peinture rouge qui éclaboussait sa statue faisait allusion à l’excellent ketchup qui garnit ses hamburgers…
• Au Québec
La mairesse de Montréal a déploré cet acte de vandalisme. Quant au premier ministre du Québec, il a déclaré : « Il faut combattre le racisme, mais saccager des pans de notre histoire n’est pas la solution.»
Mme Plante et M. Legault ignorent sans doute que l’aménagement de ce monument (et de la place tout autour) a nécessité la profanation du cimetière Saint-Antoine.
C’est sous le sol de cette place qu’on trouve les sépultures de cinquante-mille Montréalais francophones, enterrés là de 1799 à 1854.
En 1854, l’actuel cimetière sur le mont Royal lui a succédé comme cimetière municipal. On avait débuté le transfert de dépouilles lorsqu’on s’est rappelé que parmi celles-ci, il y avait les morts de l’épidémie de choléra de 1832.
Pour des raisons sanitaires, on a interrompu ce transfert, laissant là des dizaines de milliers de dépouilles, alors qu’on poursuivait l’aménagement du parc urbain qu’on avait projeté de faire pour célébrer le Dominion du Canada.
Dès lors, plus aucun de leurs descendants ne pouvait se faire ensevelir à côté de leurs ancêtres ni se recueillir sur leurs tombes.
C’est donc l’aménagement du Square Dominion (devenu Place du Canada) et l’érection du monument à Macdonald qui correspond à l’oblitération d’un pan de notre histoire puisque presque plus personne ne se souvient de ce cimetière.
• Au Canada
De son côté, le nouveau chef du Parti conservateur du Canada a déclaré que notre pays n’existerait pas sans Macdonald.
C’est probablement ce qu’il a appris à l’école.
En réalité, le Canada est né à la Renaissance. La Nouvelle-France comprenait alors trois parties : l’Acadie, le Canada — qui correspondait, en gros, à la vallée du Saint-Laurent — et la Louisiane.
Au fil des siècles, s’étendant vers l’ouest et vers l’est, le Canada en est venu à couvrir son territoire actuel (définitif depuis l’annexion volontaire de Terre-Neuve en 1949).
Mais il est vrai que l’expansion territoriale du Canada s’est opérée principalement sous Macdonald, grâce à la dépossession sanglante des Autochtones par ce tyran.
Conclusion
Il arrive que des peuples soient plus sages que leurs dirigeants.
On ne rend pas hommage à un chef d’État génocidaire. Les Allemands l’ont bien compris. Je ne vois pas pourquoi on devrait agir autrement au Canada.
Lorsque les pouvoirs publics demeurent sourds au gros bon sens, il est acceptable que les citoyens se substituent à eux.
Je remercie donc ceux qui ont supprimé la verrue du cimetière Saint-Antoine et j’espère qu’on en profitera pour s’excuser du manque de jugement des élus municipaux colonisés qui ont choisi au XIXe siècle de profaner les tombes de cinquante-mille de nos ancêtres pour glorifier ce gars-là.
Postscriptum : Après les avoir avisés de la parution d’un texte, je ne publie jamais les réponses automatisées que je reçois de décideurs publics.
Toutefois, lorsqu’il s’agit d’une réponse personnalisée, je me fais un devoir de la publier.
En réponse à mon texte, voici le message reçu de M. Kargougou au nom de la mairesse de Montréal.
Bonjour Monsieur Martel,
Au nom de la mairesse de Montréal, madame Valérie Plante, nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous écrire concernant le déboulonnement de la statue de John A. Macdonald.
Comme vous le mentionnez dans votre billet, la mairesse déplore fermement les actes de vandalisme sur la statue de John A. Macdonald. De tels gestes ne peuvent en effet être acceptés ni tolérés. Cela étant dit, nous tenons à préciser que nous entendons vos revendications. Comme vous, nous souhaitons réfléchir au rôle de mémoire collectif des monuments et des statues. Sachez que la Ville de Montréal a amorcé une réflexion pour mieux nous outiller et nous guider sur ces questions. Un cadre de reconnaissance/commémoration, qui prendra en compte les divers points de vue qui ont jalonné notre histoire, est en voie de réalisation afin de favoriser la commémoration de valeurs plus universelles.
En ce qui a trait plus précisément à l’avenir de la statue de l’ancien premier ministre du Canada, le bureau d’art public s’occupe actuellement de sa conservation. Il est de notre responsabilité comme administration publique de prendre soin de tous les éléments constitutifs de notre collection d’art, par égard pour les artistes qui les ont créés. En consultation avec les experts en patrimoine à la Ville, nous prendrons le temps d’analyser la suite à donner pour le monument.
Nous vous prions de recevoir, Monsieur Martel, nos meilleures salutations.
Plus tôt ce mois-ci, l’Office québécois de la langue française révélait qu’au sein des entreprises montréalaises, 41 % des communications internes se faisaient en anglais.
De plus, on append également que dans 63 % des entreprises de la métropole, tout candidat à l’embauche est refusé s’il ne parle pas l’anglais.
Cela est illustré par le cas des trottinettes Lime qui, l’an dernier, ne publiaient leurs offres d’emplois qu’en anglais et dont l’immense majorité du personnel ne parlait pas français.
Démographie linguistique au Québec
Selon le recensement de 2016, sur les 8 066 560 de Québécois, 4 032 640 étaient unilingues français. En somme, c’est un Québécois sur deux.
Beaucoup d’entre eux peuvent baragouiner quelques mots d’anglais. Mais ils ne sont pas qualifiés pour un emploi où l’anglais est exigé.
Conséquemment, exiger la connaissance de l’anglais lorsque cela n’est pas nécessaire, cela constitue une discrimination à l’embauche exercée contre la moitié des Québécois.
Après quinze ans de Grande noirceur libérale, on en est venu à considérer les francoQuébécois unilingues comme des dinosaures dont l’extinction est le prix à payer pour accéder à un monde moderne où tout se fait en anglais.
Quels que soient les avantages indéniables de la connaissance de l’anglais, cette discrimination à l’embauche exercée contre la moitié du Québec est un scandale.
Les Francophones unilingues sont chez eux partout au Québec. Comme les Italiens unilingues sont chez eux en Italie et les Allemands unilingues sont chez eux en Allemagne.
L’unilinguisme français exigé par la Loi 101
Dans une économie tournée vers l’exportation comme la nôtre, il est normal que le service à la clientèle de nombreuses entreprises comprenne suffisamment d’employés parlant anglais pour servir adéquatement les clients anglophones.
Toutefois, depuis son adoption en 1977 par le gouvernement de René Lévesque, la Loi 101 exige que la langue de travail au Québec soit le français. Ce qui signifie que toutes les communications internes (entre employés) doivent se faire obligatoirement en français.
L’intégration au travail des angloQuébécois et des néoQuébécois
En exigeant la maitrise de l’anglais alors que cela n’est pas nécessaire, cela favorise l’intégration au travail des angloQuébécois unilingues. Au prix, comme on vient de le voir, de la discrimination à l’embauche de la moitié des francoQuébécois. De plus, cela nuit à l’intégration des néoQuébécois.
Depuis plusieurs années, la politique migratoire du Québec fait une place de choix aux locuteurs francophones.
Pour une bonne partie de ces immigrants, le français n’est pas la première langue apprise. À titre d’exemple, la langue maternelle de la majorité des Algériens est le berbère. À l’école, ils ont appris l’arabe. Pour ceux qui, en plus, parlent français, notre langue est donc la troisième apprise. Et voilà qu’accueillis au Québec, de nombreuses entreprises exigent d’eux la connaissance d’une quatrième langue, l’anglais. Cela n’a pas de bon sens.
L’intégration au travail des néoQuébécois est un problème économique et social beaucoup plus important que l’intégration des angloQuébécois unilingues.
En effet, dans ce dernier cas, il suffit que la réussite d’un examen en français soit une condition sine qua non à l’obtention d’un diplôme collégial pour régler ce problème.
Par contre, pour faciliter l’intégration des locuteurs francophones que le Québec accueille, il faut absolument faire respecter la Loi 101.
Une partie des problèmes de recrutement dont se plaignent les milieux d’affaires montréalais sont causés par leurs politiques d’embauche stupides.
Conclusion
La défense du français est un problème existentiel pour le peuple francoQuébécois puisque sa survie en dépend.
Considérer que les révélations récentes de l’Office québécois de la langue française ne font qu’illustrer la nécessité de mieux défendre notre langue est un euphémisme.
En réalité, ces révélations prouvent l’ampleur de la discrimination à l’embauche dont les Québécois sont victimes illégalement.
À l’époque où la Loi 101 a été adoptée, certaines entreprises montréalaises exerçaient une discrimination à l’égard de tout le peuple francoQuébécois.
Par exemple, lorsque la Sun Life avait son siège social à Montréal, 85 % des employés étaient des Anglophones unilingues. On ne voulait pas embaucher de Canadiens français, même bilingues.
De nos jours, la situation s’est améliorée. De manière générale, il n’y a plus de discrimination contre tous les francoQuébécois, mais seulement contre la moitié d’entre eux, soit ceux qui ne sont pas bilingues.
Il faut se contenter de peu pour juger ce progrès satisfaisant en 43 ans.
Nous sommes tous chez nous au Québec. Pas seulement ceux qui, comme moi, sont bilingues, mais également les quatre-millions de francoQuébécois unilingues.
Et ce n’est pas vrai que nous allons tolérer plus longtemps d’être des étrangers dans notre propre pays.
Notre survie collective dépend donc des moyens que l’État québécois utilisera pour mettre au pas les grandes entreprises montréalaises qui sont — depuis trop longtemps — les complices du colonialisme canadian.
Tout comme la marine royale anglaise comptait autrefois sur des corsaires pour attaquer de leur côté les navires de la flotte ennemie, le système répressif américain compte sur des supplétifs pour faire les sales besognes.
Ces supplétifs sont des justiciers (ou ‘vigilantes’ en anglais) qui estiment que la criminalité n’est pas suffisamment punie et qui se donnent comme mission de faire respecter la loi à leur manière.
La relation entre les supplétifs et les forces de l’ordre est incestueuse.
Selon un rapport du FBI, depuis vingt ans, les groupes suprémacistes blancs ont infiltré les forces de l’ordre dans toutes les régions des États-Unis, plus particulièrement dans les États suivants : l’Alabama, la Californie, le Connecticut, la Floride, l’Illinois, la Louisiane, le Michigan, le Nebraska, l’Oklahoma, l’Oregon, le Texas, la Virginie, l’État de Washington, et la Virginie-Occidentale.
Depuis le début de ce millénaire, des centaines de policiers américains ont été pris à poster des messages racistes sur les médias sociaux.
Le cas de Kenosha
Kenosha est une ville de cent-mille habitants située au Wisconsin (au sud-ouest des Grands Lacs).
L’État du Wisconsin est voisin du Minnesota, où George Floyd a trouvé la mort le 25 mai dernier.
Le 23 aout, à Kenosha, un policier blanc tire sept balles à bout portant dans le dos de Jacob Blake, un ‘Noir’ américain de 29 ans non armé qui refusait de lui obéir.
Après deux jours de protestations qui se sont terminées, la nuit tombée, par des actes de vandalisme, 250 soldats de la Garde nationale du Wisconsin se sont joints aux policiers de la ville.
Parallèlement, sur des médias sociaux, les milices de justiciers ont été appelées en renfort. Pour l’instant, on ignore l’identité des personnes qui ont lancé cet appel aux armes.
Dès le soir du 25 aout, des justiciers ont accouru de toute la région et se sont postés loin des manifestants, mais à dix pas des véhicules blindés de la Garde nationale du Wisconsin.
Cliquez sur l’image pour démarrer
Un de ces justiciers a 17 ans. Il vient d’Antioch, une petite ville située à 35 km en auto. Il est venu seul puisque dans cet État, on obtient son permis de conduire à 15 ans.
C’est lui qu’on voit de dos dans l’image-titre du clip vidéo ci-dessus.
On le suit alors qu’il va réclamer une des bouteilles d’eau que les soldats de la Garde nationale distribuent gratuitement aux justiciers venus les aider.
Un des militaires se permet alors cette confidence : « We appreciate you.» (traduction : Nous vous apprécions).
Le jeune justicier les quitte pour se diriger droit vers les manifestants. Croyant naïvement que la seule vue de sa Kalachnikov AK-15 les ferait fuir, il s’est bientôt retrouvé seul, entouré de manifestants hostiles.
Au cours de la confrontation qui a suivi, il tue deux personnes et en blesse une autre.
Maintenant craint pour vrai, le jeune tueur poursuit sa route vers les policiers de la ville postés à l’autre bout de la rue.
L’arme à feu bien en vue, les policiers le laissent passer en dépit des passants qui leur crient que ce gars-là venait de tuer des gens. Ce qu’ils savent déjà, ayant vu cela d’eux-mêmes à l’aide des jumelles dont sont équipées toutes les autopatrouilles de la ville.
Le lendemain, en conférence de presse, le chef de police de Kenosha résume les évènements de la veille :
« Le couvre-feu [que nous avons imposé] sert à protéger des vies. S’il n’y avait pas eu ces personnes sur la rue en violation du couvre-feu [en parlant des manifestants], la situation d’hier ne serait pas arrivée.
Par ailleurs, la nuit dernière, un individu de 17 ans d’Antioch, en Illinois, a été impliqué dans l’usage d’une arme à feu afin de résoudre le conflit.»
Ses mots exacts : « …to resolve whatever conflict was in place.»
Alors récapitulons.
À Kenosha, un policier tire sept balles dans le dos d’un jeune ‘Noir’ non armé alors que ce dernier n’était pas une menace à la sécurité de ce policier.
Trois jours plus tard, un jeune ‘Blanc’ déambule publiquement alors qu’un couvre-feu est en vigueur, tue deux personnes sous les yeux des policiers qui le laissent calmement rentrer chez lui pour la nuit.
Pendant ce temps, les forces policières se sont assurées que Jacob Blake — paralysé de la taille aux pieds et sous forte médication antidouleur — ait la cheville enchainée à son lit d’hôpital comme s’il s’agissait d’un animal.
Conclusion
Le cas de Kenosha illustre la connivence qui existe présentement entre les forces de l’ordre et des supplétifs armés appartenant généralement à des organisations d’extrême droite.
Cette connivence est la partie visible et éloquente du racisme systémique qui s’est enraciné profondément dans la société américaine.
Changer cela prendrait une révolution. Celle-ci est en cours; c’est le mouvement Black Lives Matter.
Mais avant même que cette révolution ait porté le moindre fruit, les forces policières — infiltrées depuis des décennies par des suprémacistes ‘blancs’ — s’allient à des extrémistes armés pour étouffer ce mouvement de libération et tenter de perpétuer ce racisme systémique qui prévaut aux États-Unis depuis des siècles.
L’école est essentielle au développement de l’enfant.
De plus, la réouverture des écoles est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie; en libérant les parents, ceux-ci peuvent retourner au travail, permettant ainsi aux entreprises de reprendre leurs activités.
Mais tout déconfinement entraine une augmentation du nombre de contacts interpersonnels. D’où une hausse prévisible de la contagion au Covid-19.
Quel est le contexte optimal permettant la réouverture des écoles sans que cette hausse soit catastrophique ?
Le temps propice
Pour l’Organisation mondiale de la Santé, on peut rouvrir les écoles quand, depuis au moins deux semaines, le pourcentage de tests positifs au Covid-19 parmi la population est moins de 5 %.
Certaines autorités sanitaires sont plus exigeantes que l’OMS et estiment que le taux de positivité maximale doit plutôt être de 3 %. C’est le cas de la ville de New York.
Le Québec a choisi la norme plus libérale de l’OMS, ce qui est acceptable. Chez nous, le taux de tests positifs est effectivement en deçà de 5 % depuis la dernière semaine de juin.
Même récemment, les fêtards qui n’ont pas respecté les mesures sanitaires dans des bars et des fêtes privées n’ont pas réussi à faire hausser le taux de positivité au-delà de la limite fixée par l’OMS.
Autre indice d’amélioration : depuis mai, chaque personne atteinte contamine en moyenne moins d’une personne saine. C’est ce qui explique la réduction générale des cas, des hospitalisations et des décès qu’on observe depuis ce temps, sauf lors d’une faible résurgence des cas en juillet.
Dans le graphique ci-dessus, on a représenté en grisé la période de confinement, décrétée le 13 mars (pour tout, sauf les services essentiels) et sa levée presque complètement le 25 juin.
En raison du respect généralisé du confinement par la population québécoise, on a assisté à une diminution importante de la contamination par le Covid-19 et la presque disparition de ses conséquences meurtrières.
Si bien qu’aujourd’hui, la réouverture des écoles au Québec se fait dans un contexte où sont respectés les critères des autorités sanitaires.
La rentrée, une occasion unique
L’Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande et le Vietnam ont réussi (temporairement) à éradiquer le Covid-19 de leur territoire.
Mais l’actualité récente prouve que le moindre relâchement peut entrainer le retour de la pandémie.
Au Québec, la pandémie est contrôlée sans avoir complètement disparu.
À l’aide d’une politique ambitieuse de tests et de recherche de contacts, la rentrée scolaire pourrait être une occasion d’éradiquer (ou presque) le Covid-19 du territoire québécois.
Des moyens ambitieux
• Le port généralisé du masque
La semaine dernière, le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) publiait ses recommandations sanitaires au sujet du Covid-19 en milieu scolaire.
Sauf de rares exceptions, le CDC recommande le port généralisé du masque, de la maternelle à la fin de l’école secondaire.
Au Québec, tous les écoliers devront porter le masque, mais seulement à partir de la cinquième année du primaire.
Même si les mineurs atteignent leur puberté à des âges légèrement différents, la cinquième année du primaire permet, en gros, de distinguer les enfants prépubères des adolescents.
Au sujet du masque, la distinction que fait le Québec entre ces deux groupes d’âge est basée sur des ‘preuves’ épidémiologiques qui suggèrent que les enfants prépubères jouiraient d’une ‘résistance naturelle’ à la pandémie.
Ceux-ci sont sous-représentés dans la population atteinte. D’où l’idée qu’ils jouiraient d’une telle résistance.
En réalité, les seules preuves dont nous disposons indiquent que les décès causés par le Covid-19 sont extrêmement rares chez les enfants prépubères et que leur contagiosité — c’est-à-dire leur aptitude à transmettre aux autres leurs virus — est environ la moitié de l’aptitude des adultes atteints.
Dans tous les pays qui ne testent que les personnes symptomatiques, les enfants testés seront ceux admis en hôpital pédiatrique. Ceux qui ne paraitront pas suffisamment malades aux yeux des parents pour justifier leur admission passeront sous le radar des autorités sanitaires.
Depuis des mois, les jeunes enfants ont beaucoup moins d’occasions d’attraper le Covid-19 que les adultes parce que les écoles sont fermées et que leurs contacts sont limités aux autres membres de leur famille et aux petits voisins.
Voilà pourquoi les données épidémiologiques sous-estiment très certainement l’aptitude des enfants prépubères à contracter le Covid-19.
En raison de la fermeture prématurée des écoles le printemps dernier, certains États américains procèdent déjà à la réouverture de leurs écoles afin de reprendre le temps perdu.
Or beaucoup d’entre elles doivent aussitôt fermer leurs portes en raison d’une explosion de la contagion parmi leurs élèves.
C’est le cas en Géorgie, un état américain qui a eu jusqu’ici 420 morts par million d’habitants (comparativement à 669 au Québec) et où on a procédé cumulativement à 233 686 tests par million de personnes (comparativement à 100 074 au Québec).
Au Québec, l’obligation de porter le masque qu’à partir de la cinquième année est une erreur qui minera la confiance du public envers la réouverture des écoles.
L’immense majorité des parents souhaitent envoyer leurs enfants à l’école parce qu’on leur assure que cela est sécuritaire. L’opinion publique fera volteface si on voit se répéter au Québec ce qui se produit actuellement aux États-Unis.
• Tester, tester et tester
Dans la région de Montréal, épicentre de la pandémie au Québec, la réouverture des écoles nécessite un certain nombre de précautions.
Elles sont peut-être également nécessaires ailleurs, mais permettez-moi de me limiter ici à la région métropolitaine, soit la moitié du Québec.
En plus de la généralisation du port du masque, à chacune des deux premières semaines qui suivront la réouverture des écoles, il serait approprié de tester tous les élèves, tous les professeurs et tout le personnel de soutien. Et obtenir les résultats dès le lendemain du test. Dès la troisième semaine, on espacera le dépistage.
Pour l’année scolaire 2018-9, aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire, les écoles publiques du Québec accueillaient 1 216 791 élèves, 107 744 enseignants et un nombre indéterminé de travailleurs.
Pour la région montréalaise, cela fait, en gros, 725 000 personnes, soit 150 000 tests à effectuer par jour, du lundi au vendredi.
Aussi ambitieux que cela paraisse, cela est conforme aux recommandations émises en avril dernier par le réputé Harvard Global Health Institute.
Ses experts recommandaient qu’en juillet, les États-Unis en soient rendus à effectuer vingt-millions de tests par jour.
De son côté, The Rockefeller Foundation suggérait aux autorités sanitaires américaines une cible plus facile à atteindre dès novembre 2020, soit six-millions de tests par jour (trente-millions de tests par semaine).
Toutes proportions gardées, pour le Québec, cela correspond à effectuer quotidiennement entre 155 000 et 517 000 tests, selon qu’on suit les recommandations de la Rockefeller Foundation ou d’Harvard.
Ces tests servent à la lutte générale contre la pandémie. Du nombre, il faudrait en réserver la moitié afin d’assurer une rentrée scolaire en douceur.
Ce qui représente en gros 150 000 tests quotidiens à Montréal (300 000 tests pour l’ensemble du Québec).
Moins tester, cela ne change rien à la propagation. Cela fait seulement qu’on se réveille quand le tison est déjà devenu un incendie.
• Éteindre les foyers d’éclosion
Grâce à ce dépistage réellement massif, on est en mesure de déceler une bonne partie des foyers d’éclosion puisque les enfants serviront à nous les révéler.
C’est alors qu’il faudra tester les membres de toutes les familles dont un enfant aura été déclaré positif et effectuer une recherche de contacts.
C’est par ce moyen qu’on pourra éteindre une bonne partie des foyers d’éclosion et peut-être réussir à éradiquer le virus du Québec.
Des généraux sans armée
La Santé publique fait reposer la responsabilité d’une rentrée scolaire ‘sanitairement’ réussie sur les épaules des établissements et sur la population, appelée à adopter des comportements responsables.
Effectivement, ceux-ci ont un rôle important à jouer. Mais on ne doit pas oublier celui des autorités sanitaires.
Depuis des semaines, la Santé publique dit craindre la venue d’une ‘deuxième vague’, justement à l’occasion de la rentrée scolaire.
À cette fin, elle a édicté toute une série de règles auxquelles les établissements scolaires devront se soumettre.
Or dans une guerre, le renseignement est la première étape de la stratégie. Et dans une guerre sanitaire, le renseignement c’est le dépistage.
Les pays gagnants sont ceux qui ont dépisté et confiné.
Ici, on a confiné. Mais pour le dépistage…
La Santé publique stagne avec moins de vingt-mille tests quotidiens; la semaine dernière, on en était à 18 596 tests par jour.
Les autorités sanitaires auraient aujourd’hui le personnel et tout l’équipement qui leur faut si, au lieu de lutter stupidement contre le port du masque, elles s’étaient employées à se doter d’une capacité importante à trouver les personnes atteintes et à étouffer leur contagion.
Finalement, dans cette guerre au virus, la Santé publique est comme un quartier de généraux qui discutent stratégie et qui donnent des ordres (sous forme de normes sanitaires) alors que presque aucun soldat n’est au front et qu’on compte sur la population pour repousser l’ennemi.
On peut donc s’attendre à une rentrée scolaire pleine de rebondissements.
Le concept de la ‘bulle’ scolaire
Pour terminer, permettez-moi d’aborder le concept de la ‘bulle’ scolaire.
En raison de la pénurie d’espace dans les écoles du Québec, on ne peut pas y respecter une distance sanitaire de deux mètres à moins de construire, d’ici quelques jours, des centaines de nouvelles écoles où les écoliers seront bien distants les uns des autres.
Ce problème a été résolu facilement; en milieu scolaire, on a réduit la distance sanitaire à un mètre. À l’exclusion des amphithéâtres, rares sont les classes où les sièges étaient, avant la pandémie, à moins d’un mètre de distance.
Réduire la distance sanitaire à un mètre, c’est abolir de facto la distance sanitaire.
En plus, dès qu’ils seront assis, les élèves qui portaient un masque pourront l’enlever.
En somme, au lieu d’être une occasion d’éradiquer (ou presque) la pandémie, la rentrée scolaire sera l’occasion de baisser la garde.
L’expérience des autres pays nous enseigne que cela une mauvaise idée.
Du point de vue pédagogique, il existe d’excellentes raisons de préconiser l’enseignement à visage découvert. Mais du point de vue sanitaire, si on veut se priver de l’efficacité préventive du masque, il est essentiel de compenser par autre chose.
Cela aurait pu être compensée par un dépistage de grande envergure. Ce à quoi la Santé publique, malheureusement, ne s’est pas préparée.
Pour justifier ses politiques accommodantes, le ministère a élaboré le concept de la ‘bulle’ scolaire. On fait ainsi allusion à la serre botanique qui protège les plantes qui y vivent.
À la rentrée, chaque classe se transformera donc en ‘bulle’, limitée à environ 25 élèves.
Ceux-ci étudieront et mangeront dans un seul et même local. Ce qui limitera toute contagion à ces 25 élèves, nous assure-t-on.
Ce beau concept est vicié à la base puisque les élèves mangeront et étudieront dans leur classe… sans y dormir.
S’ils y étaient pensionnaires, la classe serait une bulle fermée.
En réalité, la bulle comprend 25 élèves et, implicitement, 50 parents, un nombre indéterminé de frères et de sœurs, de même que toutes les personnes rencontrées par les parents au travail ou en faisant leurs emplettes.
Directement ou indirectement, c’est à tous ces gens que chaque élève sera exposé. En retour, c’est tous ces gens qu’il pourrait contaminer s’il était porteur asymptomatique.
Indépendamment de leur contenu, ce qui m’a toujours frappé dans les gazouillis de Donald Trump, c’est qu’ils sont écrits dans une langue simple, que tous peuvent comprendre.
Pour un politicien, pouvoir communiquer efficacement est une qualité.
En prévision de la campagne présidentielle de novembre prochain, je me suis abonné à CNN, une chaine américaine d’information en continu.
Après avoir entendu intégralement plusieurs conférences de presse de Trump, je me suis rendu compte que ce gars-là n’a pas de vocabulaire.
On croirait que le seul bouquin qu’il a ouvert de toute sa vie est un annuaire téléphonique…
D’où le contraste entre ces textes écrits par d’autres (qu’il lit d’un ton monotone) et ses digressions où il revient au niveau de langage d’un enfant de huit ans.
S’il semble s’ennuyer aux réunions des épidémiologistes qui lui prodiguent (en vain) leurs précieux conseils, c’est probablement parce qu’il ne comprend pas les mots que ces savants utilisent. Et lorsque vient le temps de résumer ce qu’il a entendu, c’est n’importe quoi parce qu’il a compris de travers.
L’analyse des trente-mille premiers mots utilisés par Trump à partir de son entrée en fonction révèle que celui-ci parle au niveau des écoliers de la troisième à la septième année du primaire.
L’étude a porté sur ses entrevues, ses discours, et ses conférences de presse.
À partir de la complexité lexicale, de la diversité du vocabulaire et du niveau apparent de compréhension, les chercheurs ont créé un indice qui permet de comparer les présidents américains entre eux.
Trump obtient le résultat le plus bas de tous les présidents américains depuis 1929 :
• 11,3 : Herbert Hoover (1929-33)
• 10,7 : Jimmy Carter (1977-81)
• 9,7 : Barack Obama (2009-17)
• 9,4 : Gerald Ford (1974-77)
• 9,4 : Dwight-D. Eisenhower (1953-61)
• 9,4 : Richard Nixon (1969-74)
• 9,3 : Bill Clinton (1993-2001)
• 8,8 : John-Fitzgerald Kennedy (1961-63)
• 8,0 : Ronald Reagan (1981-89)
• 7,6 : Lyndon-B. Johnson (1963-69)
• 7,4 : Frank-Delano Roosevelt (1933-45)
• 7,4 : George-W. Bush, fils (2001-09)
• 6,7 : George-HW. Bush, père (1989-93)
• 5,9 : Harry-S. Truman (1945-53)
• 4,6 : Donald Trump (2017-…)
Le deuxième échec du Canada à se faire élire au Conseil de sécurité de l’ONU est l’illustration de la perte d’influence de notre pays dans le monde.
C’est ainsi que le Canada est impuissant à obtenir la libération de Raïf Badawi que son épouse, réfugiée au Québec, réclame depuis huit ans.
Il faut dire que le Canada n’a pas essayé très fort.
En 2016, lorsque l’Arabie saoudite a décidé d’acheter pour 14 milliards$ de chars d’assaut canadiens, la dictature saoudienne achetait également le silence d’Ottawa.
À la décharge du Canada, précisons bien d’autres pays auraient fait pareil.
Mais très peu de pays auraient poussé la servilité aussi loin que l’a fait le gouvernement fédéral et son ministre actuel des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.
Au sujet de Raïf Badawi, le ministre ne rate jamais une occasion de dire qu’il est en discussion avec le ‘gouvernement’ (sic) d’Arabie saoudite et qu’il a bon espoir qu’il sera libéré par ’Sa Majesté’ (sic) le prince ben Salmane.
Jusqu’ici l’Arabie saoudite a reçu la moitié des chars qu’elle a achetés. Mais elle a accumulé un retard de quatre-milliards de dollars dans ses paiements.
Or le gouvernement canadien est garant de la dictature saoudienne auprès du constructeur ontarien; si l’Arabie saoudite refuse de payer la note, celle-ci sera épongée par les contribuables canadiens.
En avril dernier, le ministre Champagne annonçait à la Chambre des Communes que son gouvernement aurait renégocié certaines clauses de ce contrat afin de pallier l’éventualité d’un défaut de paiement.
Mais dans la mesure où le contrat ‘amélioré’ est tout aussi secret que sa version précédente, personne n’est en mesure d’en juger.
Dans un autre ordre d’idée, on apprenait plus tôt ce mois-ci que Saad al-Jabri, un Saoudien réfugié à Toronto, a fait l’objet le 15 octobre 2018 d’une tentative d’assassinat par le même commando de tueurs qui avait réussi, treize jours plus tôt, à démembrer Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien d’Istanbul.
Voyageant à bord du même avion, les membres de ce commando ont semblé suspects aux yeux des douaniers canadiens qui, conséquemment, leur ont refusé l’entrée au pays.
Prétendant venir au Canada en simples touristes, les tueurs saoudiens ont été incapables de justifier la panoplie d’instruments médico-légaux de dissection — en anglais : forensic tools — qu’ils transportaient dans leurs bagages.
Seul le diplomate qui les chaperonnait a pu poursuivre sa route grâce au passeport diplomatique qui garantit son impunité.
Contrairement à la Turquie — qui a fait payer chèrement au prince ben Salmane le démembrement à la tronçonneuse de Jamal Khashoggi — le Canada a choisi de taire ce grave incident à ses frontières.
C’est seulement deux ans plus tard, par le biais d’une plainte civile déposée le 7 aout par Saad al-Jabri à Washington, qu’on apprend ce complot raté.
Bien plus, le ministre Champagne n’a pas cru bon retirer l’accréditation au Canada du diplomate compromis dans cette affaire.
Celui-ci demeure libre d’essayer d’établir des contacts avec des tueurs à gages canadiens pour terminer ‘le travail’ inachevé.
Précisons que lorsqu’un pays décide d’expulser un diplomate, il n’est jamais tenu de justifier sa décision.
Quand Chrystia Freeland, l’ex-ministre des Affaires étrangères du Canada, avait réclamé la libération de Samar Badawi, sœur de Raïf, cela avait froissé la dictature saoudienne. Celle-ci avait aussitôt expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie saoudite.
Dans l’affaire Saad al-Jabri, le ministre Champagne a préféré se taire et continuer de lécher les bottes de la dictature saoudienne.
En deux mots, le Canada fait pitié.
Doit-on se surprendre que les membres de l’ONU aient préféré élire au Conseil de sécurité des pays qui se tiennent debout…